January 21, 2022
From Libertarian Labyrinth
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ARCHIES

(du grec arché)

Cette terminaison dĂ©signe les diffĂ©rents pouvoirs qui exercent dans la sociĂ©tĂ© l’autoritĂ© et le commandement, pouvoirs nĂ©fastes Ă  tous les points de vue, incapables d’assurer l’ordre vĂ©ritable, qu’il s’agisse de la monarchie (monos, un seul), pouvoir laissĂ© Ă  l’arbitraire d’un individu, ou de l’oligarchie (oligos, peu nombreux), pouvoir d’une clique (une olig-archie d’hommes d’affaires, de politiciens, de guerriers, etc
, asservissant le monde Ă  ses caprices, — cent tyrans au lieu d’un), ou de toutes les archies passĂ©es, prĂ©sentes et futures. Qu’elle soit l’expression de la volontĂ© d’un seul ou de plusieurs, l’archie suppose la division de l’humanitĂ© en maĂźtres et esclaves, tous incapables de se diriger eux-mĂȘmes. — HiĂ©r-archie (gr. hieros, sacrĂ©). La sociĂ©tĂ© ne peut pas se passer d’une hiĂ©rarchie. Celle-ci dĂ©coule de l’autoritĂ© mĂȘme ; les individus sont subordonnĂ©s les uns aux autres, les uns commandent, les autres obĂ©issent, les uns occupent le faite de l’édifice, les autres les plus bas degrĂ©s, les riches et les puissants ne pouvant pas plus se passer des pauvres et des petits que ceux-ci ne peuvent se passer d’eux. Partout des classes, des castes, des barriĂšres, des divisions, des distinctions
 Les individus ne diffĂšrent pas entre eux par l’originalitĂ© (ils sont tous pareils, Ă©galement tarĂ©s), mais par le titre, le costume, la fonction, le galon
 Le principe de toute hiĂ©rarchie consiste dans la subordination des infĂ©rieurs aux supĂ©rieurs (ce qui est arbitraire, rien ne prouvant la supĂ©rioritĂ© de ceux qui, chargĂ©s de diriger les esclaves, sont Ă©galement esclaves, de ceux qui, maĂźtres de la sociĂ©tĂ©, ne le sont pas d’eux-mĂȘmes). Il faut, dit-on, une hiĂ©r-archie pour assurer le bon fonctionnement de l’Etat. Que deviendrait une sociĂ©tĂ© dans laquelle chacun ferait ce qu’il voudrait? Ce serait l’arbitraire. Or, que voyons-nous dans une sociĂ©tĂ© hiĂ©rarchisĂ©e, sinon le triomphe du dĂ©sordre? Nul n’est Ă  sa place, nul ne remplit son rĂŽle, chacun croit faire ce qu’il veut et ne fait que se rendre insupportable au voisin : c’est le bon plaisir des dirigeants qui domine, offrant le spectacle d’une incohĂ©rence inimaginable, servie et soutenue par la veulerie des dirigĂ©s. La hiĂ©rarchie n’est qu’une subordination des intelligents aux imbĂ©ciles. C’est une hiĂ©r-archie Ă  rebours, une mystification. — Synarchie (gr. sun, avec). Union, solidaritĂ© des archies. SynthĂšse de gouvernement, loi d’organisation sociale. D’aprĂšs St-Yves d’Alvevdre, Barlet, Lelay et Papus, il existe une analogie entre la loi qui dirige l’homme et la loi qui dirige la sociĂ©tĂ©. Les divisions de l’organisme humain (ventre, poitrine, tĂȘte) se retrouvent dans la sociĂ©tĂ© (Ă©conomie, pouvoir, autoritĂ©). La syn-archie Ă©tablit une fois pour toutes (?) la loi des dirigeants et des dirigĂ©s. ThĂ©orie contestable. — Ant-archie. Le prĂ©fixe ant dĂ©signe la lutte contre l’archie. Il est employĂ© ici comme dans anti-clĂ©ricalisme, anti-alcoolisme, anti-social, anti-esclavagiste, anti-rĂ©volutionnaire, anti-militarisme, anti-patriotisme, etc
 tandis que le vocable anarchie signifie l’absence mĂȘme de toute archie, la suppression de toute autoritĂ©, dĂ©signe une attitude audessus et en dehors comme a-lĂ©gal, a-patriote, a-social, a-religieux, a-clĂ©rical, a-moral, a-politique, a-nomie (absence de loi imposĂ©e du dehors Ă  l’individu, sa propre loi), etc
 L’ant-archiste n’a pas le dĂ©sintĂ©ressement et la noblesse de l’an-archiste (l’anti dĂ©signant une attitude politicienne, utilitaire, in-esthĂ©tique). Cependant, an-archie n’implique pas une indiffĂ©rence absolue Ă  l’égard du monde social : se placer au-dessus de l’autoritĂ©, c’est entrer en conflit avec elle. NĂ©anmoins, on peut Ă©chapper Ă  l’idĂ©e fixe de la combattre, idĂ©e qui finit par engendrer l’esclavage, en nous subordonnant Ă  ce que nous combattons, et nous fait employer les mĂȘmes armes que l’adversaire. L’an-archie est prĂ©fĂ©rable sous tous les rapports Ă  l’ant-archie. — Aut-archie (ne pas confondre avec le vocable prĂ©cĂ©dent) gouvernement de soi-mĂȘme (autos), self-government des Anglais, systĂšme d’autonomie morale prĂ©conisĂ© par La RĂ©veillĂšre-Lepault. Anarchie Ă  l’usage des gens du monde et des vieux militaires. Convient aux fonctionnaires retraitĂ©s, aux correspondants de sociĂ©tĂ©s savantes, aux professeurs d’énergie
 L’autarchiste admet l’Etat, l’autoritĂ©, la propriĂ©tĂ©, la loi, la hiĂ©rarchie. Il a de l’honneur une conception traditionnelle. Il est, il est vrai, ennemi de certains prĂ©jugĂ©s et de la routine administrative. Il ne fait pas de politique (?). C’est un rĂ©formiste. L’autarchiste suit les offices religieux ou se contente de croire en l’Etre suprĂȘme : M. Homais est autarchiste. L’autarchie, qui prĂ©tend avoir son fondement dans l’autonomie individuelle et la libertĂ© de penser, comme l’an-archie, poursuit un but diffĂ©rent. Tandis que l’an-archie fait table rase du social (dans la mesure du possible), l’aut-archie tient compte du social. Tandis que l’an-archiste s’efforce de rompre tout lien avec le monde dit civilisĂ©, de profondes attaches retiennent l’autarchiste au passĂ©. Il n’est pas libĂ©rĂ©. Il est altruiste, ne repousse pas l’association (La RĂ©veillĂšre admet mĂȘme une autarchie communale), accepte l’organisation sociale avec des remaniements, des modifications, reste dans la lĂ©galitĂ©. L’autarchie est un compromis.

Autres mots forgĂ©s avec archie : idiarchie (gouvernement par l’idĂ©e) ; logo-archie (thĂ©orie prĂ©conisant le lien entre les socialistes rationnels, logo-archistes (logos, lien)) ; poly-archie (polus, plusieurs) : le rĂ©gime rĂ©publicain est une poly-archie ; pan-archie (pan, tout) : on peut dire que la SociĂ©tĂ© tout entiĂšre est une vaste pan-archie : l’autoritĂ© y exerce sa tyrannie sous toutes les formes, y dĂ©ploie son incohĂ©rence sans limites. Ce systĂšme ramĂšne le monde entier Ă  l’autoritĂ© ; archiste (partisan de l’archie). 

GĂ©rard de LACAZE-DUTHIERS.

ARCHIES

(from Greek arché)

This ending designates the different powers that exercise authority and command in society, powers that are harmful from every point of view, incapable of insuring true order, whether it is a question of monarchy (monos, one alone), power left to the arbitrary will of one individual, or of oligarchy (oligos, few in number), the power of a clique (an olig-archy of businessmen, politicians, soldiers, etc
, enslaving the world to its whims, — one hundred tyrants instead of one), or of all the archies past, present and future. Whether it is the expression of the will of one alone or several, archy suppose the division of humanity into masters and slaves, all incapable of governing themselves. — Hier-archy (Gr. hieros, sacred). Society cannot do without a hierarchy. This follows from authority itself. Individuals are subordinated to one another. Some command and others obey. Some occupy the highest reaches of the social edifice and some the lowest degrees, the rich and powerful not being able to do without the poor and lowly any more than the latter can do without them. Everywhere there are classes, castes, barriers, divisions, distinctions
 Individuals do not differ among themselves in originality (they are all alike, equally corrupted), but by title, costume, function, grade
 The principle of every hierarchy is the subordination of inferiors to superiors (which is arbitrary, nothing proving the superiority of those who, charged with directing the slaves, are equally enslaved, from those who, masters of society, are not masters of themselves.) A hierarchy is necessary, it is said, to insure the proper functioning of the State. What would become of a society in which each did what they wished? It would be arbitrary. But what do we see in a hierarchized society, if not the triumph of disorder? No one is in their place, no one fulfills their role, each things to do what they wish, but only makes themselves insufferably to their neighbor: it is the good pleasure of the rulers that dominates, offering the spectacle of an unimaginable incoherence, served and maintained by the spinelessness of the ruled. Hierarchy is only a subordination of the intelligent to the imbeciles. It is a hier-archy overturned, a mystification. — Synarchy (Gr. sun, with). Union, solidarity of archies. Synthesis of government, law of social organization. According to St-Yves d’Alvevdre, Barlet, Lelay and Papus, there exists an analogy between the law that directs human beings and the law that directs society. The divisions of the human organism (stomach, chest, head) are also found in society (economy, power, authority.) Syn-archy establishes once and for all (?) the law for the rulers and the ruled. A questionable theory. — Ant-archie. The prefix ant designates the struggle against archy. It is emplyed here as in anti-clericalism, anti-alcoholism, anti-social, anti-slavery, anti-revolutionary, anti-militarism, anti-patriotism, etc
 while the term anarchy signifies the very absence of all archy, the elimination of all authority, designates an attitude above and outside, as in a-legal, a-patriotic, a-social, a-religious, a-clerical, a-moral, a-political, a-nomie (absence of law imposed from outside on the individual, their own law), etc
 The ant-archist lacks the selflessness and nobility of the an-archist (the anti designating a polical, utilitarian, non-aesthetic attitude.) However, an-archy does not imply an absolute indifference with regard to the social world: to place oneself outside of authority is to enter into conflict with it. Nevertheless, we can escape the fixed idea of combating it, an idea that ends by engendering slavery, by subordinating us to what we combat, and makes us use the same weapons as the enemy. An-archy is preferable in all respects to ant-archy. — Aut-archy (not to be confused with the previous term) government of oneself (autos), the “self-government” of the English, a system of moral autonomy recommended by [Louis Marie de] La RĂ©veillĂšre-Lepault. Anarchy for the use of the fashionable and old military figures. Suitable for retired civil servants, the correpondents of scientific societies, energetic professors
 The autarchist accepts the State, authority, property, law and hierarchy. He is proud to have a traditional conception. He is, it is true, the enemy of certain prejudices and of administrative routine. He does not play politics (?). He is a reformist. The autarchist attends religious services or is content to believe in the Supreme Being: M. Homais [in Madame Bovary] is an autarchist. Autarchy, which claims to have its foundation in individual autonomy and liberty of thought, like an-archy, pursues a different end. While an-archy makes a tabula rasa of the social (to the extent that it is possible), aut-archy takes the social into account. While the an-archist strives to break every link with the so-called civilized world, profound attachments tie the autarchist to the past. He is not liberatred. He is altruistic and does not reject association (La RĂ©veillĂšre even recognized a communal autarchy), accepts the organization of society with reshufflings, modifications, and remains in the realm of legality. Autarchy is a compromise.

Other words constructed with archy: idiarchy (government by the idea); logo-archy (a theory recommending the link between rational socialists and logo-archists (logos, link)); poly-archy (polus, several): the republican regime is a poly-archy; pan-archy (pan, all): we can say that all of society is a vast pan-archy: authority exercises its tyranny there in all forms and spreads its limitless incoherence. This system reduces the entire world to authority; archist (partisan of archy.)

GĂ©rard de LACAZE-DUTHIERS.




Source: Libertarian-labyrinth.org