October 21, 2020
From Libertarian Labyrinth
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Bibliography and links:
  • E. Armand, “Les tueries passionnelles,” La Rumeur (25 Novembre 1927).
  • “Les tueries passionnelles et le tartufisme sexuel,” Éditions de l’en dehors, Paris, 1934 [pdf]
  • “Les tueries passionnelles et le tartufisme sexuel,” Éditions de l’action libre, Paris, 1934 [Anarlivres]

les tueries passionnelles et le tartufisme sexuel

Il fut certainement une pĂ©riode de l’histoire, en un grand nombre de contrĂ©es, oĂč l’appropriation d’une femme par un homme fut considĂ©rĂ©e comme un attentat envers la sociĂ©tĂ©. De mĂȘme qu’on a pu rĂ©pĂ©ter de tout temps, en souvenir de la mainmise sur le sol par quelques individus : La propriĂ©tĂ©, c’est le vol, de mĂȘme on a dĂ» s’écrier : Le mariage, c’est le rapt. L’homme qui enlevait la femme Ă  ses concitoyens pour en faire sa chose, son acquisition personnelle et privĂ©e, ne pouvait ĂȘtre tenu pour autre chose que pour un ravisseur, un traĂźtre Ă  la communautĂ©.

Elisée Reclus.

I

Dans le numĂ©ro du 25 novembre 1927 de la « Rumeur », je publiai, sous le titre Les Tueries passionnelles, l’article ci-des-sous :

« Sur la route, lancĂ© Ă  une vitesse infernale, un monstre passe et la premiĂšre pensĂ©e qui vient au piĂ©ton secouĂ© par l’ébranle- ment de l’air, c’est qu’au prochain carrefour une catastrophe va se produire. Rien ne prouve d’ailleurs que le vĂ©hicule n’ait pas semĂ© de victimes son trajet endiablĂ©.

On a fini par s’émouvoir de ces assassinats routiers et touristiques et il existe des statistiques exactes et comparĂ©es des accidents que cause l’automobile.

De la mairie sortent, endimanchĂ©s, un homme et une femme, qu’un monsieur officiel, ceinturĂ© de tricolore, vient d’unir
 lĂ©gitimement. En mĂ©moire d’un rite remontant Ă  une Ă©poque archireculĂ©e, la noce prend le chemin d’un traiteur ou d’un restaurant oĂč l’attendent un festin copieux
 et la « gueule de bois ».

Au passage de la noce, un passant sourit ironiquement. Lequel, de ces nouveaux mariĂ©s, tirera sur l’autre
 le premier ?

L’ironie du passant n’est pas si dĂ©placĂ©e, qu’il semble. Il s’agit d’un monsieur qui lit attentivement la rubrique des faits-divers, dans son journal quotidien.

A ce propos, quels intĂ©rĂȘts empĂȘchent donc qu’on publie la statistique des « drames » prĂ©tendus « passionnels ». Cette statistique existe-t-elle, aussi soigneusement que pour les drames de la route et de l’air? Pourquoi le public n’est-il pas renseignĂ© sur le nombre de cadavres alignĂ©s par la jalousie ? L’hĂ©catombe atteint-elle des proportions telles qu’on ne veuille pas le renseigner ?

Peut-ĂȘtre l’ironie n’était pas seule Ă  Ă©mouvoir notre passant de tout Ă  l’heure. N’est-ce- pas d’ avant-hier, ce fait-divers qui en dit long ? « L’autre matin, un citoyen aborde, un ingĂ©nieur Ă©lectricien, porte de Versailles, et lui demande pourquoi il lui a volĂ© sa femme. L’interpellĂ© toise le questionneur, qu’il ne connaĂźt ni d’Adam ni d’Eve, hausse les Ă©paules, poursuit son chemin ; mais voici que deux coups de revolver retentissent : le malheureux ingĂ©nieur s’affaisse, atteint dans le dos, de deux balles qui pĂ©nĂštrent dans la rĂ©gion du cƓur ; naturellement, il ne tarde pas Ă  succomber. »

Pas un quotidien qui ne contienne, dans chacun de ses numĂ©ros, deux ou trois rĂ©cits ‱ de ces boucheries passionnelles.

Revenons aux paroles du citoyen, un menuisier, qui assassina, porte de Versailles, l’autre matin,, ce pauvre ingĂ©nieur qui n’y Ă©tait pour rien : « Pourquoi m’as-tu volĂ© MA FEMME ? ». Il ne s’agit pas lĂ  d’une- question de prohibition de vente d’armes au public. Le problĂšme est plus haut.

Il y a, actuellement, deux Ă©thiques sexuelles en conflit.

Une de ces Ă©thiques, remontant aux Ă©poques patriarcales, transmise par les juifs aux chrĂ©tiens, s’appuie sur le DĂ©calogue qui enjoint ceci : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni son bƓuf, ni son Ăąne, ni aucune chose qui appartienne Ă  ton prochain ! ». C’est l’éthique bourgeoise, rĂ©gnant extĂ©rieurement, et que veut faire jouer Ă  son profit aussi bien l’élĂ©ment masculin que l’élĂ©ment fĂ©minin.

Il y a une autre Ă©thique sexuelle qui veut que l’un et l’autre sexe se considĂšrent, en matiĂšre d’amour, sur un pied d’égalitĂ©. Or, Ă©galitĂ© ne peut, en aucun cas, ĂȘtre synonyme de chaĂźne.

L’éthique ancienne veut que la femme ou l’homme appartiennent Ă  celui qu’ils frĂ©quentent, qu’ils cohabitent ou non. Ce n’est qu’à contre-cƓur qu’elle admet la rupture du contrat
de vie en commun.

L’éthique nouvelle admet non seulement la rupture du contrat de vie en commun, mais elle se demande pourquoi la frĂ©quentation amoureuse, la cohabitation, la famille empĂȘcheraient qu’à cĂŽtĂ©, qu’en plus de la frĂ©quentation, de la cohabitation coutumiĂšre, l’on cultive une affection autre, des affections autres, apportant rafraĂźchissement de passion, connaissance d’attributs ou qualitĂ©s autres que celles dĂ©jĂ  possĂ©dĂ©es par le conjoint ou la conjointe.

L’éthique ancienne, jĂ©hovique, voit dans l’amour, la cohabitation, une affaire de domination, de propriĂ©tĂ©. Elle mĂšne forcĂ©ment Ă  la jalousie et Ă  ses tueries. Elle ne peut pas, dans les heures de crise, mener ailleurs.

L’éthique nouvelle voit, dans les relations amoureuses, une affaire d’amitiĂ©, une, question de bonne, de meilleure camaraderie. Elle pose en thĂšse que, vivant en commun ou non, la sensibilitĂ© et la chair de l’ĂȘtre individuel lui appartiennent, qu’ils ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme objets monopolisables, assimilables Ă  la possession d’un bƓuf ou d’un Ăąne.

Je ne dis pas que les tueurs passionnels font autant de calculs et encore, est-ce Ă  voir ? Ce que je dis, c’est que l’éthique nouvelle Ă  laquelle je fais allusion, n’avance pas vers noua sur une chaussĂ©e ruisselante de sang et bordĂ©e de cadavres.

Ce que je die encore, c’est qu’en face de ces assassinats quand on a la possibilitĂ© d’écrire ou de parler, se taire, c’est ĂȘtre complice. »

II

S’il est une chose incontestable, c’est l’ensemble de difficultĂ©s que rencontre celui qui veut discuter de la question sexuelle en toute libertĂ© d’esprit. Remarquez que je ne dis pas en toute libertĂ© d’expression, mais en toute libertĂ© d’esprit. Dans tout ce qui est du domaine de la sexualitĂ©, on se heurte non seulement Ă  des prĂ©jugĂ©e, mais encore Ă  de l’hypocrisie et je n’apprendrai rien Ă  mes lecteurs en Ă©nonçant que le mot hypocrisie vient du grec hupokrisis que le Larousse classique traduit par « rĂŽle jouĂ© ».

Dans les autres domaines, sauf la politique oĂč rĂšgne aussi l’hypocrisie — dans les autres domaines, donc science, littĂ©rature, art, on se heurte beaucoup plus souvent Ă  des parti- pris traditionnels, Ă  la crainte d’ébranler certaines conceptions basĂ©es sur des habitudes ou des observations ou dee conceptions dont on ne saurait mĂ©connaĂźtre la sincĂ©ritĂ©, quand bien mĂȘme cette sincĂ©ritĂ© semble dĂ©modĂ©e ou entachĂ©e de ridicule. En matiĂšre sexuelle, on ne sait jamais, quand on expose une thĂšse libĂ©ratrice, si vos antagonistes ne jouent pas un rĂŽle au profit d’un tiers — secte ou parti — si c’est avec conviction qu’ils prĂ©sentent leurs arguments ou s’ils ne sont pas des instruments que font agir des intĂ©rĂȘts autres que ceux qu’ils prĂ©tendent ou s’imaginent dĂ©fendre. DĂšs qu’on veut faire Ɠuvre d’affranchissement en matiĂšre sexuelle, on ignore si ceux qui vous contredisent disent ce qu’ils pensent, comme ils le pensent et s’ils n’accomplissent pas, en secret, les actes qu’ils reprochent aux autres de faire publiquement. Tous les praticiens qui se sont occupĂ©s de la question s’accordent pour dire qu’en ce qui concerne les phĂ©nomĂšnes de la sexualitĂ©, leurs manifestations, leurs troubles, leurs altĂ©rations, ils se trouvent en prĂ©sence d’un manque de sincĂ©ritĂ©, qui n’existe pas, par exemple, lorsqu’il s’agit de traiter des manifestations ayant rapport aux phĂ©nomĂšnes de la locomotion, de l’assimilation, de la dĂ©sassimilation, etc., etc. [A]

J’étais aux prises, un soir, aux Causeries Populaires, avec une contradictrice — spiritualiste, d’ailleurs — qui opposait Ă  ma thĂšse de recherche des voluptĂ©s Ă©rotiques ou des jouissances sensuelles, sous le signe de la camaraderie amoureuse, un idĂ©al de stagnation sexuelle, de vie tranquille et pantouflarde, puant Ă  plein nez la mĂ©diocratie conservatrice et statique. C’était son droit, mais ma contradictrice, sans doute pour renforcer la faiblesse de ses arguments, expliquait qu’ayant dĂ©butĂ© par la multiplicitĂ© dee expĂ©riences, elle avait fini par l’unicitĂ©. J’admets que cela soit vrai. Mais que voulait-elle prouver ? qu’elle avait perdu l’énergie de sa jeunesse ? Il y a toujours quelque chose de lamentable Ă  voir quelqu’un masquer sa dĂ©perdition de force et de vouloir, nĂ©cessaires Ă  qui chemine hors des sentiers battus, par une recommandation Ă  autrui de ne point s’écarter des routes goudronnĂ©es et jalonnĂ©es.

J’avais exposĂ© certaines vues audacieuses. Que la promiscuitĂ© et le communisme sexuels, qui ne m’enthousiasment nullement — Ă©tant libre-associationiste — sont dee Ă©tats oĂč la femme est, sexuellement ou Ă©rotiquement, l’égale de l’homme, alors qu’elle ne l’est pas — soumise Ă  toute conception de la famille oĂč la tradition, la religion, ou la loi civile attribue Ă  l’homme le rĂŽle de chef de la famille, que ce soit dans la monogamie ou la polygamie. La femme ne peut, sexuellement ou Ă©rotiquement parlant, ĂȘtre sur le mĂȘme pied que l’homme, que si elle ne cohabite pas ou fait partie (mĂȘme en cohabitant) d’associations (volontaires) sexuelles ou Ă©rotiques ignorant l’exclusivisme sentimental, la fidĂ©litĂ© sexuelle ou la limite du choix (Ă  l’apparence, Ă  l’ñge, etc.).

On peut discuter nos thĂšses, mais leur objecter des arguments qui rĂ©pĂštent ceux. des dictateurs actuellement au pouvoir, des dictateurs qui les ont prĂ©cĂ©dĂ©s, de ceux qui leur succĂ©deront, ne dĂ©note ni grande imagination ni dĂ©sir de s’évader du dĂ©jĂ  fait, du dĂ©jĂ  vu. Les dictateurs ou aspirants dictateurs en vogue et ceux qui les suivent sont pour les « bonnes » contre les « mauvaises » moeurs : ils veulent le mariage Ă  vie, le lapinisme Ă  jet continu, la suppression ou restriction du divorce ou de l’union libre ; ils Ă©touffent la propagande en faveur de la limitation des naissances, de la libertĂ© de la discussion des questions ou des rĂ©alisations sexuelles ou Ă©rotiques. Ils sont les dĂ©fenseurs de la famille, du foyer, de l’enseignement religieux Ă  l’école, de la propretĂ© « morale » de la rue, etc., etc. Ils sont, eux aussi, partisans de la sublimation de l’instinct sexuel, de la poussĂ©e Ă©rotique, mais Ă  quoi aboutit cette « sublimation », sinon Ă  cultiver, Ă  dĂ©velopper, dĂšs l’enfance, l’esprit nationaliste, militariste, belliqueux — hargneux, chicanier, haineux Ă  l’égard de l’étranger, de l’au delĂ  de la frontiĂšre.

VoilĂ  ce qui rĂ©sulte, historiquement, de la sublimation de la « libido ». Car la culture des « beaux arts » et des « belles lettres » ne conduit pas Ă  l’annihilation du dĂ©sir, elle mĂšne Ă  la recherche des raffinements, des fantaisies dans le domaine des jouissances sensorielles. Ceci n’est qu’une parenthĂšse. Au lieu de se rendre compte, d’aprĂšs les faits, si nous avons raison ou tort, on nous reproche, ce qui est beaucoup plus simple, d’ĂȘtre des « obsĂ©dĂ©s », ou de noyer la notion de la « libertĂ© » — tout court — sous le flot de nos revendications en matiĂšre de « libertĂ© sexuelle » — ce qui est faux, soit dit en passant. Tout cela parce que nous insistons sur – ce”ci : que restriction de la discussion du fait sexuel, rĂ©pression des rĂ©alisations Ă©rotiques, renforcement des « bonnes moeurs » vont de pair avec rĂ©novation des appĂ©tits belliqueux, rĂ©veil ou accroissement des sentiments ou des conceptions impĂ©rialistes. D’autres, plus anciens que nous, l’ont dit avant nous. Qu’aux dĂ©clamations surchauffĂ©es et aux dĂ©monstrations cliquetantes des fascistes, des nazis et des national-moralistes de toute origine on oppose donc les vers Ă©picuriens du poĂšte latin Properce, vers que je dĂ©die aux pacifistes :


Encore une année de ces délicieuses nuits,
Et j’aurai vĂ©cu suffisamment!
Ces nuits multipliées feraient de moi un immortel!
Que dis-je? il n’en faut qu’une pour faire un dieu d’un homme.
Ah! si nous lançant dans pareille carriÚre, nous ne connaissions tous
D’autre ivresse que celle du vin et de l’amour,
Le fer ne servirait pas d’instrument de meurtre, nos vaisseaux de machines de guerre,
La mer d’Actium ne serait pas le tombeau mouvant de nos cadavres,
Et Rome, tant de fois accablée de ses triomphes
Aurait moins à gémir du fréquent étalage de son deuil.
La postĂ©ritĂ©, je le sais, y trouvera matiĂšre Ă  s’extasier,
Mais les coupes que nous vidons n’ont jamais offensĂ© les dieux.
Ne laisse donc point échapper ces jouissances de la vie tant que la possibilité luit encore


Quand mĂȘme, je prĂ©fĂšre cela Ă  toutes les proses de tous les Duce ou Fuehrer du monde. Cependant, quand nous faisons envisager que, dĂ©veloppĂ©e internationalement, la thĂšse de la « camaraderie amoureuse », c’est-Ă -dire la transformation des rĂ©alisations ou manifestations sentimentalo-sexuelles ou Ă©rotiques en « gestes de camaraderie » pourrait conduire, toutes garanties Ă©tant prises, Ă  une meilleure entente soit entre les unitĂ©s sociables ; soit, par la suite., entre les peuples, on considĂšre cela comme ne valant pas la peine d’ĂȘtre pris en considĂ©ration ou on nous oppose des arguments puisĂ©s dans la conception judĂ©o-chrĂ©tienne de la vie, conception agressive Ă  l’égard de la joie de vivre et qu’intoxique et pervertit tellement l’idĂ©e de pĂ©chĂ© qu’elle ne trouve, pour s’en dĂ©livrer, que le recours aux sacrifices sanglants : que ce soit la crucifixion d’un christ, le meurtre des hĂ©rĂ©tiques religieux, le supplice des non-conformistes politiques ou encore l’entre-Ă©gorgement des peuples.

[A] The remainder of this section was originally published as “« Bonnes » ou « mauvaises » mƓurs,” L’en dehors 12 no. 252-253 (mi-Avril 1933): 89-90.

III

Il est Ă©vident qu’il serait intĂ©ressant de donner un raccourci de l’histoire sexuelle de l’humanitĂ© et d’essayer de dĂ©couvrir, chez les primates dont elle descend, une indication sur la façon dont, chez eux, on solutionne le problĂšme de la sexualitĂ©. La monogamie, la polygamie, la promiscuitĂ© sexuelle, l’hermaphrodisme, l’homosexualitĂ© se rencontrent chez les animaux et on me saura grĂ© de ne pas exposer ici les thĂšses toujours savantes, mais quelquefois contradictoires des experts en la matiĂšre : Bachofen, Mac Kennan, Lubbock, Bastian, Girard- Teulon, Lippert, Kohler, Post, Morgan, Wilcken, Havelock Ellis, Letourneau, RĂ©my de Gourmont, Crawley, “Thomas, Westermarck, Caullery, van Gennep, Calverton, Briffault, Miller, etc., etc.

D’ailleurs les observations modifient constamment les points de vue. On sait que le pigeon n’est nullement monogame et on sait cela depuis longtemps. On a dĂ©couvert que le lion non plus n’est pas monogame. Les singes anthropomorphes ne sont ni exclusivement monogames, ni exclusivement polygames et c’est rĂ©cemment qu’on s’est aperçu de façon certaine que, chez eux, existait l’homosexualitĂ© (Dr G. V. Hamilton). Lubbock, McLennan, Morgan, et d’autres auteurs plus modernes pensent qu’à l’origine existait le mariage de groupe, c’est-Ă -dire que, dans un milieu donnĂ©, toutes les femmes appartenaient Ă  tous les hommes et vice-versa. On retrouve cette forme de mariage parmi des peuplades des Ăźles de l’Australasie, Ă©loignĂ©es du courant de la civilisation actuelle, et des spĂ©cialistes comme le Dr Aptekar ont montrĂ© que, parallĂšlement Ă  la promiscuitĂ© sexuelle, existait, l’ignorance du mĂ©canisme de la gĂ©nĂ©ration ; ces peuplades ne savent pas encore que c’est Ă  la semence du mĂąle qu’est dĂ» l’enfantement. On a de solides raisons de penser qu’il en Ă©tait ainsi dans toute l’humanitĂ© primitive, c’est-Ă -dire qu’on s’imaginait que la procrĂ©ation des enfants Ă©tait une fonction inhĂ©rente Ă  la femme et qu’elle les mettait au monde sans besoin d’une intervention extĂ©rieure. (De lĂ  chtonisme — du grec chton, la terre — ou culte de la terre fĂ©conde, religion pratiquĂ©e trĂšs probablement au sortir de l’animisme par les grands peuples de l’antiquitĂ© et dont il existait des traces chez les grecs : divinitĂ©s chtoniennes.)

De lĂ  le systĂšme qui dut englober un trĂšs grand nombre de peuples et dont les traces — la filiation utĂ©rine — subsistent dans tant d’endroits. De lĂ , mais plus tard, le culte de la vierge-mĂšre, culte si rĂ©pandu.

Il est plus que probable que tant que subsista l’ignorance du mĂ©canisme de la procrĂ©ation, la femelle humaine en usait Ă  l’égard du mĂąle comme le fait la femelle des vertĂ©brĂ©e, elle choisissait non pas le procrĂ©ateur de sa progĂ©niture, puisqu’elle ignorait le mĂ©canisme de la gĂ©nĂ©ration, mais le mĂąle auquel elle permettrait de jouir de son corps, d’éprouver du plaisir en usant d’elle. Cela n’est pas d’ailleurs incompatible avec la promiscuitĂ© sexuelle, puisque, dans ce rĂ©gime, il n’y a pas de morale diffĂ©rente selon les sexes et il semble que cette promiscuitĂ© sexuelle .est relative Ă  un certain stade, du matriarcat. Il ne faut pas l’oublier : l’état de promiscuitĂ© sexuelle n’est pas- aussi dĂ©gradant que les intĂ©ressĂ©s le prĂ©tendent — il implique qu’il n’y a ni exclusivisme sexuel, ni jalousie, ni domination d’un sexe sur l’autre.

Pendant longtemps, semble-t-il, la science de la procrĂ©ation comme consĂ©quence des rapports sexuels resta donc ignorĂ©e, puis fut connue des savants de l’époque — les dieux, comme dit la GenĂšse — les prĂȘtres, les sorciers, les vieillards ou anciens comme c’est encore le cas dans certaines tribus primitives. Peut-ĂȘtre cette dĂ©couverte fut-elle la suite du passage de l’état chasseur ou pasteur Ă  l’état agricole. On s’aperçut que la terre ne produisait pas par elle-mĂȘme, qu’il fallait l’ensemencer, que la chaleur solaire et l’humiditĂ© atmosphĂ©rique Ă©taient des agents indispensables Ă  la fĂ©conditĂ©. Ce ne fut pas seulement la religion de la « terre fĂ©conde » qui perdit du terrain, la femelle humaine perdit son prestige. Le secret conservĂ© soigneusement par un petit nombre devint l’apanage peut-ĂȘtre de tous et c’est sans doute Ă  un fait de ce genre que fait allusion la lĂ©gende du paradis perdu. La connaissance du « bien et du mal », c’est la connaissance de la diffĂ©renciation sexuelle comme facteur de la procrĂ©ation, rĂ©servĂ©e aux dieux.

[Compare: E. Armand, “Note II,” L’en dehors 11 no. 234-235 (15 Juillet 1932): 134.]

IV

J’ai dit que la femme perdit de son prestige — ce n’est pas assez, elle perdit sa libertĂ© de choix, son Ă©tat d’égalitĂ© avec l’homme. Plus de promiscuitĂ© ni de communisme sexuels, rĂ©gimes oĂč les droits s’équilibrent. Sachant qu’il est le pĂšre, le procrĂ©ateur, l’engendreur, c’est-Ă -dire que la coopĂ©ration d’un agent masculin est indispensable pour qu’elle enfante, l’homme veut dominer dĂ©sormais sur la femme, et la considĂ©rer comme sa propriĂ©tĂ©, sa chose, Ă  lui rĂ©servĂ©e, Ă  sa disposition sexuelle chaque fois qu’il le voudra, qu’il exerce sa domination sur une femme — comme c’est le cas en rĂ©gime monogamique — ou sur plusieurs, comme c’est le cas en rĂ©gime polygamique.

On me dira que j’exagĂšre : reprĂ©sentant la pĂ©riode de civilisation au cours de laquelle il a Ă©tĂ© formulĂ©, le DĂ©calogue Ă©dictĂ© : « Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bƓuf, ni son Ăąne, ni aucune autre chose qui lui appartienne » (Exode XX). Finie l’égalitĂ© sexuelle ou Ă©rotique entre l’homme et la femme : celle-ci est rĂ©duite Ă  l’état de chose appartenant Ă  l’homme.

Et notons bien que c’est sur ce commandement du DĂ©calogue que repose toute la lĂ©gislation, toute la morale sexuelle, qu’elle se dise laĂŻque ou religieuse. C’est elle qui empoisonne l’Occident et pour le dĂ©sintoxiquer, la tĂąche est rude.

Je n’entends pas par lĂ  que, sous le rapport de la domination de l’homme par la femme, elle valut mieux chez les peuples non-juifs que chez les juifs. La loi des douze tables accordait au chef de la famille le droit de vie et de mort sur sa femme. En GrĂšce, les femmes Ă©taient divisĂ©es en trois classes : les Ă©pouses, les courtisanes et les prostituĂ©es, et c’est chez les courtisanes, classe de femmes artistes, instruites, philosophes, qu’on retrouvait un peu de la libertĂ© sexuelle des temps anciens. Il y avait aussi les Ă©phĂšbes, mais c’est une autre histoire.

Je viens de dire que tout l’Occident avait adoptĂ© la morale sexuelle implantĂ©e par le christianisme, qui considĂ©rait comme impures les relations sexuelles, mais qui, concĂ©dant Ă  la faiblesse humaine, admit, avec saint Paul ou Marcion ou on ne sait quels interpolateurs, peu importe, qu’il valait mieux se marier que brĂ»ler. L’idĂ©al de l’église organisĂ©e et en voie de s’étatiser c’est la virginitĂ©, Ă©tat qui plaĂźt particuliĂšrement Ă  Dieu. Et puisque la virginitĂ© n’est pas accessible Ă  tout le monde, la femme en puissance de mari n’est considĂ©rĂ©e que comme une reproductrice. Saint Augustin voit dans les organes sexuels le symbole du pĂ©chĂ© primitif et il les qualifiera de honteux. Il assimilera l’acte sexuel au geste du semeur : un travail. Le vagin acquiert dans ce systĂšme l’impassibilitĂ© du sillon. La chair de la femme doit ĂȘtre froide comme la terre. Tertullien voit, dans la femme, la porte de l’enfer.

On comprend pourquoi l’Eglise catholique manifeste une telle hostilitĂ© Ă  l’égard des plaisirs de la chair. Les jouissances d’ordre sexuel dĂ©tournant la crĂ©ature de son crĂ©ateur, pur esprit, donc inaccessible Ă  la jouissance de la chair. Tout ce qui tend Ă  rĂ©aliser le paradis sur la terre Ă©loigne de Dieu et de la spiritualitĂ©.

« Pas d’amour hors mariage : tel fut le commandement de l’Eglise, qui cloua les ailes de Cupidon, ex lege, Ă  toutes sortes de poteaux ; qui incrimina fĂ©rocement les adultĂšres, les punissant des supplices les plus barbares ; qui dĂ©clara honnĂȘte la mĂšre mariĂ©e et dĂ©shonnĂȘte la mĂšre non mariĂ©e, condamnant les enfants naturels Ă  l’opprobre gĂ©nĂ©ral, leur fermant la porte de la prĂȘtrise.

» La femme n’est pas seulement la chose du mari, mais aussi la chose de la sociĂ©tĂ©. La femme est destinĂ©e Ă  ĂȘtre l’épouse du Christ ou celle de l’homme — une vierge ou une mĂšre fĂ©conde, Ă©ternelle mineure soumise au pĂšre de famille, pater familias.

» Mais chaque foie qu’elle sortait de la froide pĂ©nombre du cloĂźtre, ou du gynĂ©cĂ©e ou qu’elle tentait de relever la tĂȘte devant le pĂšre, le frĂšre aĂźnĂ© ou le mari, la Bible se prĂ©sentait pour l’accabler, les moines pour l’avilir, l’Inquisition pour la brĂ»ler comme sorciĂšre, la fustiger sur les places publiques comme adultĂšre, la plonger dans l’eau glacĂ©e comme prostituĂ©e.

» La morale traditionnelle : voilĂ  la chaĂźne qui entrave les mouvements d’Eve. Le prĂȘtre la lui a rivĂ©e aux pieds. Les lois — influencĂ©es par le prĂȘtre ; les mƓurs — crĂ©Ă©es par lui — ont contraint la femme au cĂ©libat monastique, Ă  la virginitĂ© mal supportĂ©e de la jeune fille, Ă  la rĂ©signation servile de l’épouse ni aimĂ©e ni amante, au mariage imposĂ© par les parents.

» Le non-conformisme amoureux fut condamnĂ© par les lois et par l’opinion publique parce que, au commencement, l’Eglise et la politique, le dogme et les lois, le rite religieux et l’obligation civique Ă©taient unis. La fille-mĂšre sera condamnĂ©e parce qu’elle a conçu hors du mariage, parce qu’elle a aimĂ© par amour et non pour procrĂ©er. La femme divorcĂ©e, sĂ©parĂ©e de par sa volontĂ© propre sera sĂ©vĂšrement jugĂ©e, tandis que n’encourra aucun blĂąme le mari rĂ©pudiateur. La femme adultĂšre sera jugĂ©e beaucoup plus sĂ©vĂšrement que l’homme adultĂšre. On considĂ©rera comme un crime moins grave le meurtre de la femme par le mari, que le meurtre du mari par la femme ; et tout cela parce que l’Eglise a damnĂ© la femme. » (1)

(1) Camille Berneri : Le PĂ©chĂ© originel (Ed. de « l’en dehors »).

[Compare sections of: E. Armand, “Notre point de vue,” L’En dehors 4 no. 59 (24 Mai 1925): 3.]

V

VoilĂ  donc l’état d’esprit de l’Occident non seulement au Moyen Age, mais tel que les conservateurs sociaux voudraient qu’il redevienne et demeure Ă  jamais.

Ce n’est pas que le monde romain, paĂŻen comme catholique, ait acceptĂ© l’inĂ©galitĂ© sexuelle des sexes sans protester. L’idĂ©e du communisme sexuel est une idĂ©e qui est familiĂšre au paganisme et qui a mĂȘme Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e. On peut citer la colonie grecque de Lispara, au nord de la Sicile, au VIe siĂšcle avant l’ùre vulgaire oĂč elle se trouvait en vigueur. Elle n’était pas Ă©trangĂšre Ă  Platon, comme on sait.

Tous les chrĂ©tiens n’acceptĂšrent pas non plus sans protester la morale sexuelle catholique en voie de formation. C’est ainsi qu’au premier siĂšcle, nous trouvons la secte des NicolaĂŻtes (dont le fondateur fut, selon les uns, l’un des sept diacres mentionnĂ©s dans le livre des actes des apĂŽtres et, selon les autres, un diacre de Pergame, en Asie Mineure, du mĂȘme nom). Les orthodoxes ont accusĂ© les NicolaĂŻtes des pires impudicitĂ©s, sodomie, bestialitĂ©, etc. Les NicolaĂŻtes se rĂ©unirent plus tard aux gnostiques et donnĂšrent naissance Ă  des sortes de sous- sectes : phibionites, stratiotiques, lĂ©vitiques, barbaristes, dont les doctrines postulaient toujours la satisfaction des appĂ©tits sensuels, parallĂšlement au retour Ă  l’état naturel ou instinctif.

Au deuxiĂšme siĂšcle, nous rencontrons une secte extrĂȘmement puissante et qu’il fallut plusieurs siĂšcles pour rĂ©duire au silence. On en trouvait encore des traces en CyrĂ©naĂŻque au sixiĂšme siĂšcle. Ce sont les Carpocratiens dont le fondateur fut un ancien Ă©tudiant Ă  l’UniversitĂ© grecque d’Alexandrie, CĂ rpocrĂąte. Sa. doctrine fut coordonnĂ©e par son fils, Epiphanes, auquel on rendit les honneurs divins et à’ qui on Ă©leva des temples, tant il inspira d’enthousiasmĂ© Ă  ses contemporains. Nous ne connaissons cette doctrine que par les citations qui sont contenues dans les pamphlets dirigĂ©s par les orthodoxes contre les hĂ©rĂ©tiques. La justice divine, pour Carpocrate, c’est qu’à l’instar du soleil, nulle chose et nulle jouissance ne doivent ĂȘtre mesurĂ©es aux hommes
 Si Dieu a donnĂ© le dĂ©sir, c’est pour qu’il soit satisfait, l’idĂ©e principale de cette doctrine Ă©tait que chaque homme avait la libre disposition de chaque chose et se faisait sa loi Ă  lui-mĂȘme. Les Carpocratiens pratiquaient la communautĂ© de biens et la promiscuitĂ© sexuelle.

Par suite, la femme, dans leur milieu, ne pouvait se refuser à qui que ce soit, car elle aurait fait tort par son’ refus à autrui, tandis que la nature dispense ses biens à tous.

Les Adamites eurent pour fondateur Prodicus qui enseignait que ce qui est bon dans les tĂ©nĂšbres l’est autant dans la lumiĂšre, aussi, comme l’avait rĂ©alisĂ© autrefois DiogĂšne, autorisait-il et mĂȘme prescrivait-il l’union charnelle en public. Plus tard, il prĂ©conisĂšrent la nuditĂ© et cĂ©lĂ©brĂšrent leur culte sans vĂȘtements. Il faut voir un souvenir de la GenĂšse (chap. I) dans ce fait qu’ils se prĂ©tendaient des deux sexes Ă  la fois.

Mais ce n’est pas seulement aux premiers siĂšcles que dans la chrĂ©tientĂ©, il y eut une protestation contre la morale sexuelle imposĂ©e par les catholiques, du douziĂšme au seiziĂšme siĂšcle dans un territoire englobant le midi de la France, le pays des Albigeois, une partie de l’Allemagne s’étendant jusqu’à la BohĂšme, les contrĂ©es arrosĂ©es par le Rhin infĂ©rieur jusqu’en Hollande et dans les Flandres, certaines portions de l’Angleterre, de l’Italie, et la Catalogne, se succĂ©dĂšrent sous le nom de Picards, Hommes de l’Intelligence, Turlupins, FrĂšres et SƓurs du Libre Esprit, LoĂŻstes, et tant d’autres dĂ©nominations des ; sociĂ©tĂ©s et des associations qui pensaient que leur Ă©tat moral ne pouvait plus s’accommoder de la pauvretĂ©, de la richesse, du mariage, de l’accomplissement du geste sexuel dans des conditions rĂ©glementĂ©es socialement, de la restriction des caresses Ă  celui ou celle qui vous Ă©tait uni par le mariage. Au lieu de n’apercevoir comme exutoire aux dĂ©sirs de la chair que la traite de la femme ; ils avaient supprimĂ© le tien et le mien et abattu les barriĂšres qui restreignaient le commerce amoureux pour l’un comme pour l’autre sexe.

D’ailleurs, n’est-il pas certain que les chrĂ©tiens primitifs dans leurs agapes pratiquaient le communisme sexuel ? Tous ceux qui ont Ă©tudiĂ© l’histoire du christianisme connaissent bien les agapĂštes, les petites chĂ©ries. M. FĂ©licien Challaye, un Ă©rudit comme M. Albert Fua et moi-mĂȘme, sommes arrivĂ©s Ă  la mĂȘme conclusion. M. Challaye par l’étude critique des Ă©pĂźtres du Nouveau Testament et leur confrontation avec des documents historiques extĂ©rieurs. M. Albert Fua par l’étude de la langue dans laquelle est Ă©crit le Nouveau Testament et moi-mĂȘme, en me souvenant que les sectes auxquelles j’ai fait allusion se rĂ©clamaient’ toutes du christianisme primitif et prĂ©tendaient en avoir conservĂ© la tradition et l’esprit.

VI

D’ailleurs, jamais les hommes ni les femmes n’ont renoncĂ© complĂštement de plein grĂ© Ă  la libertĂ© sexuelle primitive, Ă  la promiscuitĂ© sexuelle. Chaque fois que la surveillance de l’Etat ou de son dĂ©lĂ©guĂ© la police s’est relĂąchĂ©e, que ce soit pour motif religieux ou social, il y a eu retour Ă  la conception ancienne du communisme sexuel. Les dyonisies, les bacchanales, les florales, les saturnales d’AthĂšnes ou de Rome, les carnavals du Moyen Age, les kermesses flamandes, les clubs Ă©rotiques du dix-huitiĂšme siĂšcle, les partouses contemporaines en sont la preuve. Et la femme ne s’est pas montrĂ©e rĂ©fractaire, loin de lĂ . Il n’y a qu’à consulter les ouvrages spĂ©ciaux, Ă  rechercher dans les bibliothĂšques les volumes consacrĂ©s Ă  l’histoire des communautĂ©s rĂ©fractaires Ă  la morale judĂ©o-catholique, Ă  fouiller les archives judiciaires, Ă  se procurer les mĂ©moires Ă©crits par ceux qui ont pris part Ă  ces expĂ©riences de vie en commun pour s’apercevoir que l’élĂ©ment fĂ©minin a participĂ© Ă  des formes de rapports amoureux autres que la monoandrie ou la monogamie avec autant de conviction et parfois avec plus d’audace que l’élĂ©ment masculin. Au temps de- Luther, les anabaptistes communistes de Munster — des bolcheviks avant la lettre — pratiquaient une sorte de polygamie communautaire. Lorsque nous voyons les femmes se battre comme les hommes aux remparts de la ville assiĂ©gĂ©e, force noue est bien de conclure que leur situation ne leur rĂ©pugnait pas. Ce ne sont pas des femmes qui ont livrĂ© Munster aux soutiens de l’ordre, ce sont des hommes. Il y a aussi les Mormons (1), parmi lesquels, au siĂšcle dernier, une sorte de polygamie biblique dura prĂšs de trois quarts de siĂšcle, et ces Mormons Ă©taient des AmĂ©ricains intelligents, formaient un milieu ignorant l’ivrognerie, la prostitution, etc. Or, tous les voyageurs sont d’accord pour observer que les femmes mormonnes — et parmi elles des femmes trĂšs cultivĂ©es — prĂ©fĂ©raient leur façon de vivre Ă  celle des femmes monoandres. Il y eut les « Perfectionnistes » de la colonie d’OneĂŻda qui, de 1851 Ă  1879, pratiquĂšrent Ce qu’ils appelaient le mariage complexe, dont le principe Ă©tait que tous les membres fĂ©minins de la colonie fussent les compagnes de tous les membres masculins. Les naissances, calculĂ©es, Ă©taient en rapport avec les ressources de la colonie. Il n’y avait pas de lieu au monde oĂč les enfants fussent mieux traitĂ©s et les mĂšres mieux considĂ©rĂ©es. La mĂšre conservait l’enfant du soir au matin, mais non pendant la journĂ©e. Pas de mortalitĂ© infantile, une vie se prolongeant ordinairement jusqu’à 70-80 ans ; pas de maladies vĂ©nĂ©riennes, six heures de travail suffisant pour Ă©quilibrerproduction et consommation ; ateliers, magasins, salles d’assemblĂ©e, maisons d’une nettetĂ© irrĂ©prochable, etc
 Comme les Mormons, les -Perfectionnistes d’OnĂ©ĂŻda durent cĂ©der devant la violence puritaine et les jĂ©rĂ©miades tartufistes d’outre-Atlantique.

Il y aurait bien d’autres rĂ©cits de ce genre Ă  invoquer, rĂ©cits inconnus du grand public, car on ne peut imaginer Ă  quel degrĂ© rĂšgne en matiĂšre sexuelle l’absence voulue de documentations, la VolontĂ© de tenir dans l’ignorance ceux qui veulent savoir.

(1) Consulter ce qu’ont dit Ă  ce sujet le professeur Jules RĂ©my,
qui visita le pays des Mormons vers 1860 et M. Raymond Dugnet
dans son livre sur « Les Mormons, leur religion, leurs mƓurs, leur
histoire », de date récente.




Source: Libertarian-labyrinth.org