May 20, 2021
From The Industrial Worker (IWW)
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En 2013, la Cour suprĂȘme du Canada a dĂ©cidĂ© que plusieurs dispositions criminelles relatives au travail du sexe Ă©taient inconstitutionnelles selon la Charte canadienne des droits et libertĂ©s. Beaucoup de travailleuses et travailleurs du sexe avaient l’espoir que le Canada reconnaisse enfin le travail du sexe comme une occupation en soi et que les personnes qui participent Ă  cette industrie puissent enfin bĂ©nĂ©ficier de la richesse qu’elles produisent Ă  travers leurs services.

Pourtant, plutĂŽt que d’assurer la sĂ©curitĂ© physique et lĂ©gale de ces membres marginalisĂ©.e.s de la classe ouvriĂšre, le Parlement a dĂ©cidĂ© de faire passer la Loi sur la protection des collectivitĂ©s et des personnes victimes d’exploitation (LPCPVE)[1], qui favorise encore plus la dĂ©possession et la criminalisation des travailleuses et travailleurs du sexe. La LPCPVE s’inspire du mythe des « rĂ©gimes suĂ©dois Â» selon lequel la « clientĂšle est criminalisĂ©e tout en dĂ©criminalisant les travailleuses et travailleurs du sexe. Â» Bien que ces travailleuses et travailleurs soient Ă  l’abri de poursuites relatives Ă  certaines dispositions, le contexte de criminalitĂ© dans lequel travaillent ces personnes façonne leur maniĂšre d’organiser leur travail pour Ă©viter la dĂ©tection par les forces de l’ordre. SurveillĂ©.e.s et profilĂ©.e.s par les autoritĂ©s policiĂšres, les travailleuses et travailleurs du sexe n’ont pas la pleine capacitĂ© de nĂ©gocier des conditions de travail plus sĂ»res et sont exposĂ©.e.s Ă  des violences genrĂ©es.

Le 21 avril 2021, un juge de la Cour suprĂȘme de l’Ontario a prononcĂ© une dĂ©cision selon laquelle les dispositions visant Ă  « empĂȘcher les travailleuses et travailleurs du sexe Ă  travailler de façon sĂ»re, y compris Ă  pouvoir faire de la promotion sur des plateformes tierces, avoir recours Ă  des services de sĂ©curitĂ©, travailler ensemble et communiquer avec la clientĂšle Â» sont inconstitutionnelles. Toutefois, cette loi reste actuellement en vigueur. La LPCPVE et ses versions antĂ©rieures maintiennent des normes sociales rĂ©gressives qui limitent gravement les droits constitutionnels Ă  la vie, la libertĂ© et la sĂ©curitĂ© des travailleuses et travailleurs du sexe.

Le 21 avril 2021, un juge de la Cour suprĂȘme de l’Ontario a prononcĂ© une dĂ©cision selon laquelle les dispositions visant Ă  « empĂȘcher les travailleuses et travailleurs du sexe Ă  travailler de façon sĂ»re, . . . » sont inconstitutionnelles. Toutefois, cette loi reste actuellement en vigueur.

La responsabilitĂ© criminelle imposĂ©e par la loi interdit aux travailleuses et travailleurs du sexe de nĂ©gocier ouvertement leurs conditions de travail, tout en les empĂȘchant de travailler collectivement, d’établir des coopĂ©ratives de travail ou de partager une chambre d’hĂŽtel pour faire des Ă©conomies, le tout de façon lĂ©gale. La loi criminalise Ă©galement en tant que complices d’autres personnes dont le travail facilite le sexe tarifĂ©. Cela comprend les activitĂ©s d’assistance aux travailleuses et travailleurs du sexe telles que la publicitĂ© ou le marketing de services sexuels, l’achat de services sexuels, ou la rĂ©ception d’un avantage matĂ©riel dĂ©coulant de la vente de sexe. En plus de toutes les prohibitions avancĂ©es, les programmes fĂ©dĂ©raux de soutien au revenu, telle la Prestation canadienne d’urgence, sont fermĂ©s aux travailleuses et travailleurs du sexe. Au lieu de financer des travailleuses et travailleurs marginalisĂ©.e.s de tous bords[2], cette loi et d’autres[3] acheminent cet argent aux forces de l’ordre qui agissent souvent en prĂ©dateurs, ce qui met en danger les travailleuses et travailleurs du sexe, leur clientĂšle, leurs familles et leurs rĂ©seaux de soutien.

Les travailleuses et travailleurs du sexe se rendent compte plus que jamais de la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger et dĂ©velopper de façon collective leurs intĂ©rĂȘts Ă©conomiques, sociaux et Ă©ducatifs en tant qu’industrie.

Sur le front lĂ©gal, six travailleuses et travailleurs du sexe et l’Alliance canadienne pour la RĂ©forme des Lois sur le Travail du Sexe ont initiĂ© une contestation de la Charte visant Ă  faire annuler les prohibitions injustes actuelles[4]. L’importance de cette contestation constitutionnelle ne peut ĂȘtre minimisĂ©e. En plus de permettre aux travailleuses et travailleurs du sexe de faire de la publicitĂ© sur des plateformes tierces, d’embaucher des effectifs de sĂ©curitĂ© et de communiquer ouvertement avec la clientĂšle, l’annulation Ă©ventuelle de cette loi par le Canada permettrait aux travailleuses et travailleurs du sexe de se rĂ©unir lĂ©galement en syndicats pour leur dĂ©fense mutuelle et pour le progrĂšs industriel.

Les travailleuses et travailleurs du sexe ne se contentent pas d’attendre que les lois s’adaptent aux rĂ©alitĂ©s. En s’organisant sous la banniĂšre du Syndicat industriel des travailleurs et travailleuses – Industrial Workers of the World (SITT-IWW), les travailleuses et travailleurs du sexe montrent au mouvement syndical canadien ce qu’implique une focalisation nouvelle sur les aspects fondamentaux et oubliĂ©s du syndicalisme, car celui-ci a Ă©tĂ© rĂ©duit Ă  dĂ©pendre de conventions collectives devenues inapplicables en raison de l’utilisation de lois antigrĂšve de retour au travail. En tant que syndicat qui organise des personnes Ă  risque d’actions policiĂšres, le SITT-IWW comprend que la criminalisation n’a jamais assurĂ© la sĂ©curitĂ© de qui que ce soit. En revanche, ce qui protĂšge les travailleuses et travailleurs c’est se rĂ©unir, identifier les problĂšmes et agir collectivement afin de protĂ©ger leurs intĂ©rĂȘts en tant qu’industrie tout entiĂšre.

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Le Mouvement industriel des travailleuses et travailleurs du sexe du SITT-IWW et les efforts attenants permettent aux travailleuses et travailleurs du sexe de mener des recherches industrielles sur les difficultĂ©s et les besoins de leur industrie, d’éduquer et de s’organiser pour combattre des conditions rĂ©gressives sur des plateformes en ligne comme Onlyfans, et de collaborer pour rendre l’industrie plus sĂ»re. 

La victoire en Ontario et la contestation de la Loi par l’Alliance montrent qu’il est possible de rĂ©duire la quantitĂ© et la complexitĂ© des obstacles auxquelles les travailleuses et travailleurs du sexe font face en essayant d’adopter des mesures pour augmenter leur sĂ©curitĂ©.

En attendant, la seule chose sur laquelle les travailleuses et travailleurs peuvent compter c’est l’organisation collective.

Si vous ĂȘtes un.e travailleuse ou travailleur du sexe qui souhaite se syndiquer, veuillez contacter [email protected] pour un soutien de syndicalisation culturellement compĂ©tent.

Jelena Vermilion est travailleuse du sexe Ă  service complet depuis prĂšs de dix ans, dĂ©lĂ©guĂ© SITT-IWW au SI 690 et la Directrice gĂ©nĂ©rale du groupe d’action directe et d’entraide autonome Sex Workers Action Program of Hamilton (SWAP Hamilton), une organisation membre de l’Alliance canadienne pour la RĂ©forme des Lois sur le Travail du Sexe et du RĂ©seau mondial de projets sur le travail du sexe.


Ressources :

Écouter les travailleuses et travailleurs du sexe : pour plus d’informations sur le dialogue dans la vidĂ©o du 1er mai du SWAP Hamilton, veuillez consulter : https://industrialworker.org/sex-workers-against-work/

Rester informé sur la lutte pour la réforme des lois canadiennes sur le travail du sexe : Site | Twitter | Facebook

En savoir plus sur le travail du sexe du point de vue des travailleuses et travailleurs grĂące Ă  ces livres.

Pour en savoir plus sur le militantisme historique autour du travail du sexe, consultez le film de George Stamos : Our Bodies Our Business

L’ACRLTS a compilĂ© un ensemble exhaustif de recommandations portant sur la façon de rĂ©former les lois fĂ©dĂ©rales, provinciales et municipales qui sont utilisĂ©es pour cibler de façon injuste les travailleuses et travailleurs du sexe en particulier.

Pour une version approfondie de cet article, veuillez Ă©couter ici.


[1] Des initiatives comme celle-ci basĂ©es sur la « panique morale Â» de la lutte contre la traite augmentent la rĂ©pression et la surveillance des travailleuses/travailleurs du sexe et de leurs lieux de travail. Ce sont Ă©galement des stratĂ©gies qui permettent de cibler spĂ©cifiquement des travailleuses et travailleurs du sexe migrant.e.s.

[2] LiĂ©.e.s par la criminalisation et la stigmatisation, les travailleuses et travailleurs du sexe rĂ©unissent une diversitĂ© d’expĂ©riences, dont des personnes racisĂ©es, trans ou non binaires, des travailleuses et travailleurs handicapĂ©.e.s et des parents.

[3] Les rĂ©glementations locales nuisent Ă©galement aux travailleuses et travailleurs du sexe. La « stratĂ©gie anti traite Â» actuelle du gouvernement de l’Ontario dĂ©tourne plus de 300 millions $ vers la police plutĂŽt que vers des services sociaux pour la communautĂ© touchĂ©e.

[4] Cette action en justice tĂ©moigne du fait que la LPCPVE enfreint aux droits des travailleuses et travailleurs du sexe Ă  la sĂ©curitĂ©, Ă  l’autonomie personnelle, Ă  la vie, Ă  la libertĂ©, Ă  la libertĂ© d’expression, Ă  la libertĂ© d’association et Ă  l’égalitĂ©.




Source: Industrialworker.org