January 17, 2021
From Three Way Fight
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Gallows in front of U.S. Capitol

This is a translation of our January 6 post, “Broken windows fascism,” courtesy of the French antifascist website La Horde.

1. Lorsque Donald Trump s’est prĂ©sentĂ© pour la premiĂšre fois Ă  la prĂ©sidence en 2015-2016, de nombreux membres de l’alt-right l’ont soutenu, non pas parce qu’ils pensaient qu’il pourrait gagner, mais parce qu’ils espĂ©raient qu’il aiderait Ă  dĂ©truire le Parti rĂ©publicain. Si ce n’est pas ce qui s’est passĂ©, Trump a quand mĂȘme crĂ©Ă© une grave crise au sein du parti, dĂ©sormais profondĂ©ment divisĂ© entre d’une part ceux qui acceptent la lĂ©gitimitĂ© du systĂšme Ă©lectoral actuel, et d’autre par ceux qui le rejettent. Un Parti rĂ©publicain en morceaux peut sembler une bonne nouvelle, mais il est susceptible de profiter avant tout Ă  l’extrĂȘme droite. L’attaque d’aujourd’hui contre les bĂątiments du CongrĂšs est le fait de l’aile militante d’un mouvement beaucoup plus vaste, et bien qu’elle exclue ou effraie certains sympathisant·e·s, elle galvanisera et enhardira d’autres.

2. De façon plus gĂ©nĂ©rale, le refus appuyĂ© de Trump de reconnaitre les rĂ©sultats des Ă©lections de novembre a provoquĂ© un changement politique massif au sein de la droite amĂ©ricaine, car des millions de personnes sont passĂ©es – au moins temporairement – de la loyautĂ© envers le systĂšme Ă  une opposition au systĂšme, comme le symbolisent les Proud Boys piĂ©tinant le Thin Bue Line Flag. Nous devrions nous attendre Ă  ce que cette opposition de droite reste active et violente longtemps aprĂšs la disparition de la lutte actuelle pour la prĂ©sidence, comme l’a fait valoir Natasha Lennard hier. Et comme le montre Robert Evans, cette opposition de droite est un lieu de rencontre oĂč diffĂ©rents courants et idĂ©ologies d’extrĂȘme droite – comme le nĂ©onazisme et QAnon – convergent et interagissent. Il reste Ă  voir Ă  quel point l’opposition de droite sera unifiĂ©e ou organisĂ©e, quel type de stratĂ©gies et de tactiques elle utilisera, et si Trump lui-mĂȘme continuera ou non Ă  y jouer un rĂŽle important.

3. L’attaque contre le Capitole est, comme beaucoup l’ont dĂ©crit, une tentative de coup d’État. Elle met en scĂšne l’autoritarisme, la dĂ©magogie de Donald Trump et sa rĂ©pudiation du systĂšme Ă©lectoral qui l’ont placĂ© Ă  la Maison Blanche, mais il met Ă©galement en Ă©vidence l’une des principales limites qui ont distinguĂ© l’administration Trump du fascisme. Le fascisme a besoin d’une organisation de masse indĂ©pendante pour mener Ă  bien son offensive contre l’ordre politique Ă©tabli. Or Trump n’a jamais essayĂ© de construire une telle organisation ; il a habilement utilisĂ© les rĂ©seaux sociaux et les rassemblements pour mobiliser ses partisans, mais sur le plan organisationnel, il s’est appuyĂ© sur les institutions existantes, en particulier le Parti rĂ©publicain, ce qui explique pourquoi son administration Ă©tait une coalition entre America Firsters et des conservateurs conventionnels d’horizons divers. DĂ©sormais, cette coalition est en train de s’effondrer, et le contrĂŽle de Trump sur l’appareil de sĂ©curitĂ© fĂ©dĂ©ral s’est Ă©galement avĂ©rĂ© assez limitĂ©. Il a pu mobiliser les agents de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure et la police fĂ©dĂ©rale pour rĂ©primer les manifestants de Black Lives Matter l’étĂ© dernier, mais il n’a dĂ©ployĂ© aucun agent fĂ©dĂ©ral pour l’aider Ă  annuler les rĂ©sultats de l’élection de 2020. La foule de partisans de Trump d’aujourd’hui n’avait aucune chance de prendre le pouvoir, mais ils ont complĂštement paralysĂ© le CongrĂšs pendant des heures. Mieux organisĂ© et mieux dirigĂ©, le mouvement qu’ils reprĂ©sentent pourrait rapidement se transformer en quelque chose de beaucoup plus dangereux.

4. Une question se pose pour les mois et les annĂ©es Ă  venir : dans quelle mesure l’appareil rĂ©pressif d’État sera-t-il utilisĂ© pour rĂ©primer cette opposition de droite ? Certes, les flics ne sont pas susceptibles de poursuivre les partisans du MAGA (Make America Great Again) et les Proud Boys comme ils le font avec Black Lives Matter et les antifascistes, mais il y a une longue histoire des forces de sĂ©curitĂ© fĂ©dĂ©rales ciblant l’extrĂȘme droite, en particulier par le biais d’opĂ©rations secrĂštes. Joe Biden aime parler d’unitĂ©, mais il n’est pas difficile d’imaginer que son administration relance et Ă©tende les capacitĂ©s du FBI et de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure pour traquer les suprĂ©matistes blancs et d’autres groupes d’extrĂȘme droite. Il n’est pas difficile non plus d’imaginer que certains conservateurs conventionnels soutiennent activement cet effort. Rappelons-nous que l’effort le plus sĂ©rieux et le plus systĂ©matique du gouvernement fĂ©dĂ©ral pour rĂ©primer l’opposition de droite au cours des 40 derniĂšres annĂ©es – de The Order au rĂ©seau Lyndon LaRouche – a eu lieu sous Ronald Reagan. Et rappelons-nous aussi que dans les mains de l’État capitaliste, l’antifascisme peut ĂȘtre une puissante raison de construire l’appareil rĂ©pressif – qui finit par s’utiliser principalement contre les groupes opprimĂ©s et exploitĂ©s. MĂȘme lorsque les flics et les membres du Klan ne marchent pas main dans la main, ni les uns ni les autres ne sont nos amis.

5. Au lieu de se tourner vers l’État pour lutter contre l’extrĂȘme droite, il est urgent d’agir Ă  grande Ă©chelle sur deux fronts : combattre Ă  la fois les forces ouvertement suprĂ©matistes de l’opposition de droite et les mĂ©canismes moins flagrants mais toujours mortels des privilĂšges et des pouvoirs Ă©tablis. Les quatre derniĂšres annĂ©es ont Ă©tĂ© cauchemardesques Ă  bien des Ă©gards, mais elles ont Ă©galement Ă©tĂ© une pĂ©riode d’activisme libĂ©rateur et dynamique Ă  grande Ă©chelle. Il existe de nombreux exemples efficaces d’organisation militante et crĂ©ative dont nous pouvons nous inspirer et tirer des leçons.

Photo: Tyler Merbler, 6 January 2021, CC BY 2.0, via Flickr.




Source: Threewayfight.blogspot.com