March 11, 2021
From Libertarian Labyrinth
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  • les RĂ©fractaires, bi-mensuel en formation

les Réfractaires no. 1 (29 décembre 1912):

  • JosĂ© Ingenieros, “Pour faire rĂ©flĂ©chir” — 1
  • E. Armand, “PrĂ©lude” — 1-2.
  • Han Ryner [selection] — 2
    [“Le lñche — dit Psychodore — n’est pas celui qui ne tombe jamais ; c’est celui qui ne se relùve point.”
  • Louis Dalgara, “Les Courtisans” — 2
  • Le GuĂ©pin [Armand?], “En Butinant” — 2
  • Jean Lorrain, [“Quand une courtisane sortie du peuple ruine un banquier millionnarie
” (Fards et poisons)] — 2
  • Whistler, “RĂ©flexions sur l’Art” — 2
  • John Myers o’Hara, “Idylle Ă©gĂ©enne” — 3 [“Aegean Idyl,” from Pagan Sonnets]
  • “Manifeste de l’association Anarchistes Individualistes allemands” — 3 [translated by E. Armand]
  • Eug. Bizeau, “Douleur de simple” — 4
  • E. Armand, “Le suicide de l’anarchie” — 4.
  • LĂ©on Tolstoy [selection] — 4
  • Le RĂ©tif, “Le progrĂšs de l’ignorance et ses consĂ©quences” — 4-5 [dated Septembre 1911]
  • Friedrich Nietzsche [selection] — 5
  • E. Armand, “Solidaire?” — 5.
  • Eliot White, “Les camarades de plage” — 6
  • E. HervĂ©, “Correspondance” — 6
  • Max Stirner [selection] — 7
  • Max Nettlau, “Toutes les opinions : Le cas HervĂ©â€ — 7
  • Michael Monahan [selection] — 7

Prélude

les RĂ©fractaires ne sont pas une publication nouvelle. Ils poursuivent l’Ɠuvre tentĂ©e depuis dix ans dans l’Ère Nouvelle, hors du troupeau et ailleurs. Ils viennent Ă  un moment troublĂ©, obscur, oĂč le besoin se fait plus sentir que jamais d’un organe sĂ©rieux, Ă  tendance franchement anarchiste individualiste ; c’est Ă  dire — car il importe de distinguer : suivant au premier plan l’éducation et la formation intellectuelle de l’ĂȘtre individuel, envisageant l’individu comme distinct de l’ensemble et en rebellion contre toutes les AutoritĂ©s, qu’elles Ă©manent du milieu, de la tradition, des prĂ©jugĂ©s, de la raison d’état, des besoins d’une cause objective ou des postulats “ne varietur” d’un quelconque dogme : clĂ©rical ou scientifique.

Ici, nous considĂ©rerons l’Individu et nous ne le voulons “pas plus dominateur que serf”. Nous
le considĂ©rerons et le voulons uniquement ‘‘comptable Ă  soi-mĂȘme” de ses faits et gestes. Nous le considĂ©rons et le voulons en Ă©tat de dĂ©fensive continuelle Ă  l’é le toute conception Ă©conomique impliquant entrave au producteur individuel — isolĂ© ou associĂ© — de ‘*disposer Ă  son grĂ© de son produit.”

Cet exposĂ© suffit amplement Ă  justifier notre titre. Nous somme “rĂ©fractaires” Ă  tout ce qui veut enliser l’initiative et l’expansion, individuelle dans la bouche d’un solidarisĂ©e obligatoire.

Mais qu’on se rassure : notre anarchisme individualiste s’a rien qui frise l’orthodoxie. Il se concilie avec un Ă©clectisme raisonnĂ© et une recherche consciente de l’argument contradictoire ; nous voulons vivre, certes, en “rĂ©fractaires” — sous ne voulons pas croupir au fond de quelque orniĂšre morale ou doctrinaire ; nous voulons prĂȘter l’oreille aux cloches qui ne tintent pas toujours comme celles que nous avons coutume d’entendre. Nous coulons vivre, c’est Ă  dire Ă©voluer, cueillir les expĂ©riences variables, errer Ă  l’aventure dans de reposants sentiers de traverse ; nous voulons vivre, non point avoir l’apparent de la vie.

Les sympathies — relativement nombreuses — qui m’ont Ă©tĂ© tĂ©moignĂ©es m ont montrĂ© qu’en lançant “les RĂ©fractaires” j’avais Ă©tĂ© compris. Ces sympathies n’ont permis de mener jusqu’à exĂ©cution mon projet. Nos amis noteront cependant que l’effort accompli — s’il Ă©tĂ© suffisant pour Ă©tablir co premier fascicule — n’a pas Ă©tĂ© assez considĂ©rable pour me dĂ©livrer de tout souci matĂ©riel. Loin de lĂ , hĂ©las ! Assurer la parution d’un journal-revue tel que je le conçois n’est pas petite affaire.

Le manque d’élĂ©ments primordiaux — le matĂ©riel suffisant pour la composition — est cause que ce fascicule parait sur huit pages an lieu de 12, comme je l’avais promis. J’entends remĂ©dier peu Ă  peu Ă  ces choses. Cela dĂ©pend aussi de l’intĂ©rĂȘt pratique qu’on portera Ă  mon travail.

Mais il est bien entendu qu’en s’y intĂ©ressant, on contribuera au maintien d’une Ɠuvre absolument personnelle, conçue et accomplie en dehors de tout esprit de coterie ou de routine; “les RĂ©fractaires” sont l’Ɠuvre de quelqu’un point exempt de fautes oĂč de faiblesses — et qui donc est parfait de eux qui lisent ces lignes ? — qui a pu se tromper grossiĂšrement parfois, mais qui peut affirmer hautement: qu’il n’a jamais considĂ©rĂ© « la propagande » comme un moyen de parvenir, fait d’une besogne Ă©ducative une entreprise d’arrivisme ou dissimulĂ© sous les dehors d’une activitĂ© mielleuse des instincts de mercanti ; quelqu’un enfin qui ne sait pas agir ou penser autrement qu’en pleine indiffĂ©rence de l’opinion d’autrui. Ceci dit une fois pour toutes.

Il va sans dire que les tolstoyens, naturiens, anarchistes chrĂ©tiens, individualistes nietzschĂ©ens, “colonistes” individualistes et autres dissidents de l’anarchisme officiel – rencontreront ici l’accueil qu’implique l’antisectarisme de ce recueil.

E. Armand.

TRANSLATION

Solidaire ?

Je ne demanderais pas mieux certes, que de me rendre solidaire des faits et gestes du premier venu d’entre ceux qui s’intitulent anarchistes individualistes. Mais voici: je suis moi mĂȘme et anarchiste et individualiste. De sorte que je ne veux me placer, anarchiste, sous l’empire d’aucune domination. Et que je me refuse Ă  ĂȘtre solidaire de ceux avec lesquels il ne m’agrĂ©e pas de faire route. Ni n’entends — individualiste — partager la responsabilitĂ© de gestes au sujet desquels on ne m’a point consultĂ© ni mĂȘme demandĂ© mon opinion. Il est des ĂȘtres qui se rĂ©clament des points de vue intellectuels qui me sont chers, des ĂȘtres avec lesquels je me sens en parfaite communion d’esprit; mais cela ne veut pas dire que je me sente liĂ© en rien par les faits et gestes de leur vie autre qu’intellectuelle. Juger ne me plait point: il ne me convient que d’apprĂ©cier et de me guider sur mon apprĂ©ciation personnelle. Cela sans nourrir l’intention d’influencer qui que ce soit. M’apparaĂźt comme le plus nuisible des “camarades” qui me suggĂšre ou veut m’imposer d’ĂȘtre solidaire d’actes qui ne sont pas de mon goĂ»t ou perpĂ©trĂ©s Ă  mon insu. Est-il une diffĂ©rence entre sa prĂ©tention et celle des reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© qui me veulent participant Ă  un Contrat dont il ne m’a pas Ă©tĂ© donnĂ© de discuter, d’approuver ou de repousser les termes? Me dĂ©nommant anti autoritaire; individuellement ; il est logique que toute obligation m’inspire de l’horreur ; y compris l’obligation de la solidaritĂ©.

E. Armand.

Solidary?

I could certainly ask for nothing better than to place myself in solidarity with the actions of any of those who call themselves individualist anarchists. But here is the thing: I am myself both an anarchist and an individualist. So that, as an anarchist, I do not wish to place myself under the control of any form of domination. And I refuse solidarity with those with whom it does not please me to travel. Nor do I intend — as an individualist — to share the responsibility for actions on subjects about which I have not been consulted or my opinion asked. There are beings who claim intellectual points of view that are dear to me, beings with whom I feel a perfect communion of minds; but that does not mean that I feel bound in any way by the actions of their lives beyond the intellectual sphere. Judging does not please me: it only suits me to appraise and to guide myself according to my individual appraisal—and without harboring the intention of influencing anyone. They appear to me the most detrimental of “camarades” who suggest to me or wish to impose on my solidarity with acts that are not to my taste or are committed unbeknownst to me. Is there a difference between this pretension and that of the representatives of society who want me to participate in a Contract whose terms I have never been able to discuss, approve or reject? Calling myself an anti-authoritarian, individually, it is logical that every obligation fills me with horror, including the obligation of solidarity.

E. Armand.


  • E. Armand, “La folie du meutre,” Les RĂ©fractaires no. 2-3 (31 janvier 1913): 9-10.
  • E. Armand, “Parce que je tu considĂšre comme mien,” Les RĂ©fractaires no. 2-3 (31 janvier 1913): 13.

Parce que je te considĂšre comme mien.

Parce que je te considĂšre comme mien, je m’intĂ©resse Ă  toi. Parce que je sais que je puis compter sur toi dans les heures difficiles, ou sur tes caresses quand parlent mes sens, ou sur ton savoir quand mes propres lumiĂšres dĂ©faillent, ou sur ton appui matĂ©riel quand je me trouve Ă  bout de ressources, ou sur la sympathie quand je m’embarque dans quelque aventure de ton goĂ»t. Parce que tu es ma propriĂ©tĂ©. Parce que tu m’appartiens et que je puis faire fond sur cette possession. Parce que toi aussi tu me considĂšre comme tien et comme ta propriĂ©tĂ©. Je te dĂ©sire toutes les fĂ©licitĂ©s souhaitables. Et parmi celles-ci, la fĂ©licitĂ© de la libĂ©ration individuelle qui est le bonheur le plus grand qui se puisse concevoir. Je te souhaite d’ĂȘtre libĂ©rĂ© des chaines du passĂ© et des engagements du devenir. Je te souhaite d’ĂȘtre affranchi des rĂšgles de conduite irrevisables et de la crainte de vivre. Je te souhaite d’ĂȘtre dĂ©livrĂ© de la recherche de l’approbation d’autrui. Je te dĂ©sire belle, forte et voluptueuse, ĂŽ ma camarade. Je te dĂ©sire vigoureux, audacieux et sensuel, ĂŽ mon camarade. Je dĂ©sire te voir un pli dĂ©daigneux sur les lĂšvres lorsqu’en ta prĂ©sence on parle des luttes politiques et des compĂ©titions commerciales de ce monde. Et je veux m’employer de toutes mes forces Ă  ce que tu sois ou deviennes tout cela. Non pour toi, mais pour moi. Parce j’y trouve mon plaisir: Plus tu montes vers les sommets de l’autonomie personnelle, plus tu te montres assoiffĂ© de vivre, plus tu vis indiffĂ©rent aux banalitĂ©s qui font s’agiter les masses, plus je te sens mon camarade. Et je ne demande pas de toi que tu me traites autrement.

E. Armand

Because I Consider You To Be Mine.

Because I consider you to be mine, I take an interest in you. Because I know that I can count on you in the difficult times, on your caresses when my senses speak, on your knowledge when my own fails, on your material support when I find myself at the end of my resources, or on your sympathy when I embark on some adventure that is to your taste. Because you are my property. Because you belong to me and I can build on that possession. Because you also consider me as your own and as your property. I wish for you all the happiness you could desire. And among those, the pleasure of individual liberation, which is the greatest good that we can imagine. I want you to be free of the chains of the past and the commitment of the future. I want you to be free of rigid rules of conduct and of the fear of living. I hope that you will be liberated from seeking the approval of others. I long for you to be beautiful, strong and voluptuous, my camarade. I long, my comrade. to be vigorous, audacious and sensual. I like to see a disdainful curl to our lip when in the presence of those who speak of the political struggles and commercial competitions of this world. And I want to employ all my strength to see that you are or become all of that. Not for you, but for me. Because I find my pleasure in it. The more you rise toward the summits of individual autonomy, the more you show yourself thirsty for life, the more indifferent you are to the banalities that stir up the masses, the more I feel that you are my camarade. And I do not ask that you treat me any differently.

E. Armand


  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires no. 4-5-6 (fin fĂ©vrier-mars 1913): 17-18.
  • E. Armand, “L’homme de sang,” Les RĂ©fractaires no. 4-5-6 (fin fĂ©vrier-mars 1913): 19. [verse]
  • E. Armand, “Ma propagande,” Les RĂ©fractaires no. 4-5-6 (fin fĂ©vrier-mars 1913): 21.
  • Francis Vergas, “Mon Anarchisme,” Les RĂ©fractaires 4-5-6 (fin-FĂ©vrier-Mars 1913): 23.

l’Homme de sang.

SINISTRE, l’Ɠil amer, sĂ»r de l’impunitĂ©,
L’accusateur public insiste pour qu’on tue ;
Tour à tour menaçant, persuasif, irrité,
Doucereux quelquefois, son verbe s’évertue

A traquer la pitiĂ© jusqu’au trĂ©fonds du cƓur
De ceux qui vont juger; Ă  forcer son refuge
Ultime et l’en chasser. Mordant, cruel, moqueur,
Il peut l’ĂȘtre sans risque. Il n’est de subterfuge

D’appel aux bas instincts encor mal endormis,
D’exagĂ©ration dont il n’enfle sa cause

Ministre de vengeance, il se sait tout permis,
Conscient que sur lui, titubant, se repose

Le Bùtiment social. « Au crime horrible il faut
Par le meurtre répondre ». Et sa voix qui résonne,
Dans le silence semble hurler Ă  l’échafaud

De dĂ©goĂ»t, Ă  l’ouĂŻr, mon ĂȘtre entier frissonne


E. Armand

The Man of Blood.

A sinister figure with his bitter stare, certain of impunity, the public prosecutor insists that we kill;
By turns threatening, persuasive and irritated, cloyingly sweet at times, his words pursue pity even in the deepest recesses of the hears of those who will judge, to force open its final refuge and drive it out.
Biting, cruel, mocking, he can be all this without risk.
There is no subterfuge, appealing to low instincts still sleeping fitfully, to exaggerations that will inflate his case

Minister of vengeance, he knows that all is permitted to him, that the tottering social structure rests on him.
“To this horrible crime, we must respond with murder.”
And his voice, which reverberates in the silence, seems to scream for the scaffold

Hearing it, my whole being shudders with disgust


E. Armand

Ma propagande.

Je souhaiterais volontiers l’avĂšnement d’une sociĂ©tĂ© anarchiste individualiste, d’une sociĂ©tĂ© dont les constituants, isolĂ©s ou associĂ©s ,ne voudraient ni jouer le rĂŽle de dominĂ©s ni remplir le rĂŽle de dominateurs. D’un milieu dont la rĂšgle de conduite, inscrite dans les cerveaux et gravĂ©e dans les cƓurs-tiendrait en deux lignes: « Tiens compte du dĂ©veloppement d’autrui comme tu dĂ©sires qu’il tienne compte du tien; interdis-toi de t’immiscer en ses affaires comme tu souhaites qu’il n’intervienne pas en les choses qui te concernent personnellement ». Qui, je rĂȘve parfois d’un ensemble social oĂč « l’équitĂ© au point de dĂ©part» ferait partie Ă  un tel point du
contrat social tacitement et implicitement acceptĂ© et reconnu par tous qu’ “exploiter son semblable” serait considĂ©rĂ© comme un crime, comme le plus grand des crimes. Mais. mon expĂ©rience me montre que c’est folie pure d’attendre, pour un temps plus ou moins rapprochĂ©, l’avĂ©nement de pareil Ă©tat d’ĂȘtre et de choses. Je doute que les hommes en gĂ©nĂ©ral puissent se passer de l’autoritĂ© haĂŻssable. J’ignore si la hideuse exploitation n’est pas fonction de notre conception de la production et de la consommation. Et Ă  cause de ce doute, et Ă  cause de cette ignorance je ne me sens pas libre de pousser indistinctement chacun Ă  la rĂ©volte. Je suis certain que la propagande irraisonnĂ©e des idĂ©es anarchistes a conduit plusieurs vers une ruine morale, sinon pis. Or, je ne veux la ruine d’aucun ; je cherche Ă  faire se rĂ©vĂ©ler en quelques-uns l’antiautoritarisme que repose, latent, au fond de leur ĂȘtre intime. Ma propagande n’est pas une propagande de convertisseur ou de barnum. C’est une propagande de sĂ©lectionnement. Je suis Ă  la recherche des anarchistes individualistes « qui s’ignorent ». Et je me refuse, pour qu’ils se manifestent Ă  eux-mĂȘmes tels qu’ils sont, Ă  user de procĂ©dĂ©s dĂ©magogiques. En proclamant que l’anarchisme individualiste est en premier lieu une attitude intellectuelle, une pratique morale, une rĂ©alisation intĂ©rieure, voici qu’un tri se produit de lui-mĂȘme. Et s’éliminent ceux qu’attirerait seul l’appĂąt des perspectives des rĂ©sultats Ă©conomiques immĂ©diats. Et voici que prend racine l’Ɠuvre sĂ©rieuse, profonde, la formation de l’ĂȘtre que ne troublent les dĂ©faites d’ordre purement matĂ©riel. Cela parce qu’il les domine et n’accepte point d’ĂȘtre dominĂ© par elles.

E. Armand.

TRANSLATION

Mon Anarchisme

J’aime la libertĂ©, l’indĂ©pendance ; je veux agir selon ma fantaisie, Ă  ma guise; m’insoucier du sifflet de l’usine comme des reproches du contremaitre ; me libĂ©rer de la crainte de ne pas satisfaire aux exigences d’un patron comme du souci d’ĂȘtre mal servi par des employĂ©s; ne connaĂźtre ni le ton arrogant du maĂźtre ni la mine obsĂ©quieuse du valet; ne me courber devant personne, car je suis orgueilleux, fier et ne connait rien qui me soit supĂ©rieur. Ni m’associer avec des esclaves en vue de leur exploitation: il me faudrait compter avec leur force, discuter le contrat, les surveiller pour qu’ils produisent Ă  mon grĂ©. Les esclaves sont une chaĂźne, un tourment, un souci que je ne puis supporter. Je veux ĂȘtre libre.

Je ne veux obĂ©ir ni commander Ă  qui que ce soit; et, comme on se sert de mots pour dĂ©finir les pensĂ©es, les idĂ©es, les sensations, je cherche celui qui dĂ©finit mon tempĂ©rament. De mĂȘme que celui qui est riche en sang est dit: « sanguin », — de mĂȘme que celui qui vibre et s’émeut dans la contemplation de la nature, ou Ă©prouve le besoin d’exprimer ses sentiments, ses impressions au moyen de couleurs, de sons et de mots se dĂ©nomme « artiste », — moi, je dĂ©finis mon Ă©tat d’ĂȘtre, mon tempĂ©rament par le vocable anarchiste, autrement dit: « nĂ©gateur d’autoritĂ©.»

Qu’est pour moi ce qualificatif d’anarchiste ? Un programme? Que non. Toujours, je suivrai ma fantaisie; mes actions concourront constamment Ă  ma jouissance. J’ai vu dans le mot , « anarchie » un terme me dĂ©finissant, non un rĂšglement auquel je doive conformer mes actes. Je n’ai pas Ă  m’informer si tel geste ou telle attitude est anarchiste; seul, savoir si j’en tirerai soit profit soit plaisir m’intĂ©resse. Mon acte sera forcĂ©ment anarchiste, puisque subir l’autoritĂ© m’est une souffrance et l’exercer une gĂȘne.

Francis Vergas.

My Anarchism

I love liberty, independence. I want to act as I please, according to my fancy; to care nothing for the factory whistle and the foreman’s rebukes; to free myself from the fear of not satisfying the demands of a boss and from the worry of being ill served by employees; to know neither the arrogant tone of the master nor the obsequious look of the servant; to bow before no one, for I am proud and recognize nothing superior to myself. I do not wish to associate with slave with the intent of exploiting them: I would have to account for their strength, discuss the contract and watch over them so that they produce as I wish. Slaves are a chain, a torment, a concern that I cannot bear. I want to be free.

I don’t want to obey or to command anyone; and, as we use words to define thoughts, ideas and sensations, I seek the one that defines my temperament. Just as one who is rich in blood is called “sanguine,” — as one who is thrilled and moved by the contemplation of nature, or feels the need to express their sentiments and impressions by means of colors, sounds and words is caled an “artiste,” — I define my own state of being, my temperament by the term “anarchist,” which means “one who denies authority.”

What does the term anarchism signify for me? A program? Not at all. Always, I will follow my fancy; my actions will constantly contribute to my enjoyment. I have seen in the term “anarchism” a term that defines me, not a rule to which my acts must conform. I do not ask if a given act or attitude is anarchist; I am only interested in knowing if I will draw some profit or pleasure from it. My act will necessarily be anarchist, since for me submission to authority is suffering and exercising it is a bother.

Francis Vergas.


  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires no. 7-8-9 (fin mars-15 mai 1913): 25-27.

Du haut de ma tour d’ivoire

[
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Mort glorieuse ?

D’autres que moi — & mieux que moi — ont fait ressortir de quelle cruautĂ© basse s’accompagne l’exercice de la vengeance parmi les hommes. Quelle lĂąchetĂ© dans ce supplice infligĂ© Ă  coup sĂ»r, Ă  l’abri, sans avoir rien Ă  redouter, Ă  des ĂȘtres qui au moins ont Ă  leur actif d’avoir agi Ă  leurs corps dĂ©fendant. Mais, d’un autre cĂŽtĂ©, peut on dire que constitue une fin glorieuse, digne d’un rĂ©fractaire, d’ĂȘtre trainĂ©, poussĂ©, jetĂ© sous le couteau d’un infĂąme machine Ă  tuer — en prĂ©sence des magistrats satisfaits, des policiers narquois et des reporters railleurs ? Cela fera-t-il enfin rĂ©flĂ©chir ?

[
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From the Height of My Ivory Tower

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Glorious Death?

Others than me — & better than me — have emphasized what low cruelty accompanies the exercise of revenge among men. What cowardice in this torture inflicted, without fail, from a position of safety, without having anything to fear, on beings who at least have to their credit for having acted despite themselves. But, on the other hand, can one can say that it constitutes a glorious end, worthy of a refractaire, to be dragged, pushed, thrown under the blade of an infamous killing machine — in the presence of smug magistrates, sneering police officers and mocking reporters? Will it finally make people think?

[
]


  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires no. 10-11-12 (15 mai-fin juin 1913): 33-34.
  • E. Armand, “Rimes paĂŻennes,” Les RĂ©fractaires no. 10-11-12 (15 mai-fin juin 1913): 37. [verse]
  • E. Armand, “EpĂźtre Ă  Thysis,” Les RĂ©fractaires no. 10-11-12 (15 mai-fin juin 1913): 37.

RĂȘve paĂŻen

Aimant la vie, aimant l’amour, aimant Ia chair,
Il m’arrive parfois, remontant des annĂ©es
Le cours lointain, de voir, en mon rĂȘve, une mer
D’azur comme le ciel, et des rives baignĂ©es

D’une lumiĂšre ardente et limpide. À VĂ©nus,
Un temple consacré décore une colline,
Tout proche, et dans un bois d’oliviers dansent nus,
Lascifs, de Pan des fils et des filles
 Divine,

La brise douce exhale et sÚme le désir.
La voluptĂ© m’entoure et je me sens comme ivre

O coupe qui jamais ne s’épuise
 Saisir
D’une femme le corps qui palpite et se livre,

L’étreindre, l’enserrer, se donner en retour,
Dans un geste, tout soi, sans retenue
 O joie
Tout soi
 Pourquoi faut-il que se lùve le jour
Et que meure le songe auquel j’étais en proie ?

(Les RĂ©fractaires nos. 10-11-12)

Pagan Dream

Loving life, loving love, loving the flesh, I sometimes see, retracing in my dreams the course of distant years, a sea blue as the sky and banks bathed in a clear, blazing light.

A temple, dedicated to Venus, crowns a hill, while nearby, in a wood of olive trees, the lusty sons and daughters of Pan dance naked


Divine, the gentle breeze exhales and sows desire.

I am encircled by delight and feel like I am drunk


O cup that never runs dry


To grasp the body of a woman who quivers and surrenders, to embrace her and hold on tight, giving myself in return, my whole self, with one movement, without restraint


Oh, joy! My whole self


Why must the day break and why must the dream that gripped me fade away?

(Les RĂ©fractaires nos. 10-11-12)


  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires deuxiĂšme sĂ©rie no. 6 (juillet-aoĂ»t 1913): 41-45.
  • E. Armand, “Le spectre dĂ©ambulant,” Les RĂ©fractaires deuxiĂšme sĂ©rie no. 6 (juillet-aoĂ»t 1913): 56.

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  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires 2 no. 7 (septembre-mi-octobre 1913): 73-77.
  • E. Armand, “L’occasion qui passe
,” Les RĂ©fractaires 2 no. 7 (septembre-mi-octobre 1913): 88.
  • E. Armand, “Ce que nous sommes, nous le restons,” Les RĂ©fractaires 2 no. 7 (septembre-mi-octobre 1913): 97-101.

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  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” les RĂ©fractaires 2 no. 8-9 (novembre-dĂ©cembre 1913): 108-117.

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  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires 2 no. 10 (1914): 145-149.
  • E. Armand, “Portrait,” Les RĂ©fractaires 2 no. 10 (1914): 151-152.
  • E. Armand, “La neige,” Les RĂ©fractaires 2 no. 10 (1914): 162.

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  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires 2 no. 11 (1914): 169-174.
  • E. Armand, “Un mot,” Les RĂ©fractaires 2 no. 11 (1914): 176. [verse]
  • E. Armand, “Amoral,” Les RĂ©fractaires 2 no. 11 (1914): 184.
  • E. Armand, “A ne rien faire,” Les RĂ©fractaires 2 no. 11 (1914): 191. [verse]

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  • E. Armand, “Du haut de ma tour d’ivoire,” Les RĂ©fractaires 2 no. 13-14 (1914): 201-206.
  • E. Armand, “Souhait,” Les RĂ©fractaires 2 no. 13-14 (1914): 223.

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  • E. Armand, “A nos abonnĂ©s—Circulaire A,” Les RĂ©fractaires troisiĂšme sĂ©rie (1915): 223. [single sheet]

TroisiĂšme SĂ©rie. — 1914
(An 13.455 de la premiĂšre Ă©clipse reconnue)


les chiens aboient,
la caravane passe


A nos abonnés.

Circulaire A.

J’ai attendu chaque jour que s’éclaircisse la situation pour lancer le 15e fascicule des « RĂ©fractaires », mais il semble au contraire que nous volions Ă  la rencontre d’évĂšnements incalculables. Si bien que nos fascicules ne trouveraient plus chez eux maints de ceux auxquels ils sont destinĂ©s. Dans ces conditions, je pense que le plus sage est d’attendre que l’état de choses redevienne normal pour reprendre la publication de notre recueil.

L’essential, dans la phase actuelle, est de conserver entre nous le contact intellectuel, puis de mettre en pratique la camaraderie effective qu’elle implique. Pour mois, j’ai dĂ©jĂ  rĂ©solu de me mettre Ă  la disposition de ceux auxquels je puis ĂȘtre utile, de me rendre mĂȘme auprĂšs d’eux, s’ils promets dans la mesure, bien entendu, de mes possibilitĂ©s. Que chacun, dans sa sphĂšre, en fasse de mĂȘme, et les amertumes Ă  prĂ©voir en seront peut ĂȘtre adoucies


De coeur Ă  chacun.

Le 4 août 1914.

E. Armand.

S’adresser pour tout ce qui concerne la RĂ©daction et l’Administration :
à E. ARMAND, 22, cité Saint-Joseph (rue de Chateaudun), ORLEANS

Prix de l’abonnement pour un an : 2 fr. (Par recouvrement 2,35)
Extérieur (U. P. U.) : 2 fr. 50. Un fascicule 0 fr. 20 (Extra 0 fr 25)

TRANSLATION


  • “La veritĂ© sur les Anarchistes individualistes.” [1913?] [single sheet]

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Source: Libertarian-labyrinth.org