October 4, 2021
From Center For Stateless Society
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Kevin Carson. Article original : Same Shit Different Labor Day, 30 septembre 2021 Traduction Française par Guadalupe Lopes.

Les apologistes de droite du capitalisme semblent avoir pour habitude d’utiliser les fĂȘtes pour vĂ©hiculer leurs arguments. À chaque Thanksgiving, Reason ressort le buncombe ahistorique de John Stossel sur la façon dont le communisme a presque tuĂ© les PĂšlerins avant que la propriĂ©tĂ© privĂ©e ne les sauve de la famine (bien que je le dĂ©mystifie chaque annĂ©e). À NoĂ«l, nous avons droit Ă  une apologie d’Ebenezer Scrooge, dont l’épargne et l’abstention ont permis l’accumulation de capital qui nous a rendus riches, tous et chacun.

Et maintenant, il semble que ce soit devenu une nouvelle tradition de la fĂȘte du travail de nier avec indignation que les syndicats nous ont donnĂ© la journĂ©e de huit heures et les week-ends. En tĂ©moigne ce post du Free State Project sur Facebook :

En cette fĂȘte du travail, prenons un moment pour honorer la semaine de 5 jours, les enfants qui ne travaillent pas dans des ateliers clandestins, les week-ends libres, la sĂ©curitĂ© au travail et les salaires Ă©levĂ©s.

Tout cela est rendu possible par le capitalisme de marché libre.

Thomas Woods fait essentiellement la mĂȘme affirmation, plus longuement, dans son article “Les syndicats ne vous ont pas apportĂ© ce week-end ou tout autre week-end”. Pour commencer, il y a ceci :

Tant que la société ne sera pas suffisamment riche, tous les syndicats du monde ne permettront pas de prendre deux jours de congé par semaine.

Pouvez-vous imaginer, dans les Ă©conomies primitives d’il y a 300 ans, faire campagne pour une semaine de travail plus courte ? Les gens vous auraient pris pour un fou.

Si les affirmations de Woods entrent un jour en contact avec des faits de l’histoire rĂ©elle ici sur Terre, la gĂ©omĂ©trie capable de dĂ©crire leur intersection est encore inconnue. En Angleterre, au moins, ils avaient une semaine de travail plus courte il y a 300 ans. Les bois devraient chercher sur Google “Saint Monday” (Ă  ce sujet ici). Ou considĂ©rez le nombre de saints que les travailleurs prenaient comme vacances au cours de l’annĂ©e, avant que la noblesse puritaine ne les supprime au nom de l’éthique protestante du travail. Ce sont les classes possĂ©dantes et employeuses de l’époque qui s’opposaient Ă  ce que les classes laborieuses prennent couramment plus de deux jours de congĂ© par semaine, et qui ont militĂ© pour des semaines de travail plus longues (et par “militer”, je veux dire les imposer par la force).

Loin de l’histoire mythique que Woods imagine – dans laquelle les gens Ă©taient incapables de travailler moins longtemps jusqu’à ce que les capitalistes aient accumulĂ© suffisamment de capital pour augmenter la productivitĂ© du travail au point que les gens puissent produire suffisamment pour vivre en moins de temps – dans l’histoire rĂ©elle, les capitalistes ont dĂ» contraindre les gens Ă  travailler plus longtemps en les privant de l’accĂšs aux moyens de subsistance.

La vĂ©ritĂ© est exactement le contraire de ce que Woods prĂ©tend. Les semaines de travail de six jours avec de bas salaires n’étaient pas un Ă©tat de fait naturel que le capitalisme a changĂ©. C’est le capitalisme qui a crĂ©Ă© cet Ă©tat de fait. Le capitalisme a Ă©tĂ© fondĂ© sur l’appropriation des biens communs par les employeurs en collusion avec l’État. Le capitalisme et le systĂšme salarial ont Ă©tĂ© Ă©tablis par la sĂ©paration forcĂ©e du travail des moyens de production.

La motivation explicite des classes possĂ©dantes et employeuses – exprimĂ©e en tant de mots – Ă©tait de priver la paysannerie d’un accĂšs indĂ©pendant aux moyens de subsistance afin qu’elle travaille plus longtemps pour des salaires plus bas. L’objectif dĂ©clarĂ© – encore une fois, exprimĂ© trĂšs ouvertement – Ă©tait de diminuer les salaires afin que les gens soient obligĂ©s de travailler six jours par semaine au lieu de quatre.

À l’époque des Enclosures parlementaires en Angleterre, du milieu du 18e siĂšcle au dĂ©but du 19e siĂšcle, la presse contemporaine regorgeait d’arguments dĂ©fendant les Enclosures comme Ă©tant nĂ©cessaires pour faire travailler les classes infĂ©rieures plus longtemps. Un traitĂ© de 1770 intitulĂ© “Essai sur le commerce” mettait en garde contre le fait que “[l]es travailleurs ne devraient jamais se croire indĂ©pendants de leurs supĂ©rieurs
.. Le remĂšde ne sera pas parfait tant que nos pauvres manufacturiers ne seront pas satisfaits de travailler six jours pour la mĂȘme somme qu’ils gagnent aujourd’hui en quatre jours”.

Repassons cela en revue avec M. Woods : “jusqu’à ce que nos pauvres manufacturiers soient satisfaits de travailler six jours pour la mĂȘme somme qu’ils gagnent maintenant en quatre jours.” On ne peut pas faire plus clair que ça, n’est-ce pas, Tom ?

M. Bishton, dans son rapport de 1794 sur le Shropshire, a Ă©tĂ© tout aussi honnĂȘte en dĂ©clarant les objectifs de l’Enclosure. “L’utilisation de terres communes par les ouvriers agit sur l’esprit comme une sorte d’indĂ©pendance.” Le rĂ©sultat de leur clĂŽture serait que “les laboureurs travailleront tous les jours de l’annĂ©e, leurs enfants seront mis au travail tĂŽt, 
 et cette subordination des rangs infĂ©rieurs de la sociĂ©tĂ© qui, Ă  l’heure actuelle, est tant dĂ©sirĂ©e, serait ainsi considĂ©rablement garantie”.

Mais en parlant d’Enclosures, Woods n’en est pas à son premier coup d’essai lorsqu’il s’agit de faire des affirmations ridiculement ahistoriques.

Il reproche aux historiens radicaux des Enclosures de s’appuyer sur une historiographie dĂ©passĂ©e, comme celle de J.L. et Barbara Hammond, au dĂ©triment de l’érudition nouvelle et actualisĂ©e de G. E. Mingay – tout en omettant lui-mĂȘme de noter le travail de J.N. Neeson, qui a balayĂ© le cul pĂąteux de Mingay.

Woods poursuit :

Avec peu de capital, et avec la plupart des biens produits Ă  la main, il faut toute la force de travail, toutes les heures qu’elle peut Ă©pargner, juste pour rendre la vie Ă  peine vivable.

C’est pourquoi les gens travaillaient de longues heures dans des conditions terribles dans le passĂ© (et pourquoi ils le font dans le tiers monde aujourd’hui). Pas parce que des petits hommes avec une moustache blanche et un monocle prenaient plaisir Ă  les opprimer.

En ce qui concerne le tiers monde : La Grande-Bretagne et d’autres puissances impĂ©rialistes ont reproduit le mĂȘme processus d’enclosure dans le monde colonial, du systĂšme de l’hacienda en AmĂ©rique espagnole Ă  la colonie permanente du Bengale, en passant par les plantations sucriĂšres des CaraĂŻbes, les plantations des colons britanniques sur les hauts plateaux d’Afrique de l’Est et les fermes boers d’Afrique australe. Partout, les colonialistes avaient Ă©galement pour habitude d’imposer des taxes d’entrĂ©e payables uniquement en argent, afin d’inciter mĂȘme les paysans qui conservaient le contrĂŽle d’une partie de leurs terres Ă  entrer dans le systĂšme salarial. Je ne suis pas sĂ»r que les moustaches blanches et les monocles Ă©taient trĂšs rĂ©pandus parmi les autoritĂ©s coloniales, si cela peut rassurer Woods.

Si vous demandez aux personnes qui travaillent dans des ateliers clandestins aujourd’hui si elles prĂ©fĂšrent avoir (1) des conditions plus agrĂ©ables (ou moins d’heures de travail) mais (2) un salaire net infĂ©rieur, elles rĂ©pondent massivement non.

Comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu, il s’agit d’une fausse dichotomie. Ce sont les employeurs qui leur ont proposĂ© de choisir entre de longues heures et la mort. Essayez de leur offrir le choix entre des conditions de travail plus agrĂ©ables, moins d’heures de travail et un salaire net plus Ă©levĂ©, et vous verrez ce qu’ils diront alors.

demande Woods, sarcastiquement : “Donc, ces pays du tiers monde qui cherchent Ă  Ă©chapper Ă  la pauvretĂ© et Ă  profiter de loisirs supplĂ©mentaires ont juste besoin
 de quelques syndicats ?” Mais bien qu’il pose la question en plaisantant, la rĂ©ponse – trĂšs sĂ©rieuse – est oui.

Ces travailleurs du tiers-monde produisent dĂ©jĂ  d’énormes quantitĂ©s de biens. Le problĂšme est que d’autres personnes ont des droits sur cette production. L’écrasante majoritĂ© du prix des biens produits dans les ateliers clandestins du tiers monde provient, non pas du coĂ»t de la main-d’Ɠuvre et des matĂ©riaux ou du coĂ»t d’amortissement des biens d’équipement utilisĂ©s pour les produire, mais des rentes de monopole intĂ©grĂ©es aux brevets et aux marques commerciales. Donc oui, ce dont les pays du tiers monde qui cherchent Ă  Ă©chapper Ă  la pauvretĂ© et Ă  profiter de loisirs supplĂ©mentaires ont besoin, c’est 1) d’abroger tous les accords mondiaux sur la propriĂ©tĂ© intellectuelle qui les empĂȘchent d’utiliser les mĂȘmes usines pour continuer Ă  produire les mĂȘmes biens pour leur propre marchĂ© intĂ©rieur, Ă  une fraction minuscule du prix, et 2) de former des syndicats puissants afin que la valeur que les travailleurs produisent ne soit pas expropriĂ©e par des propriĂ©taires absents. En d’autres termes, ils doivent dire Ă  ces petits hommes Ă  la moustache blanche et au monocle d’aller se faire foutre.

Woods nous ressert Ă©galement le vieux discours de la droite et des libertaires selon lequel l’accumulation de capital est responsable de l’augmentation de la productivitĂ© : “Avec des travailleurs beaucoup plus productifs qu’auparavant, grĂące Ă  l’aide des machines, la production physique a Ă©tĂ© multipliĂ©e en quantitĂ© et en qualitĂ© de nombreuses, nombreuses fois.”

Et bien qu’il ait inexplicablement omis de le faire – il devait vouloir commencer tĂŽt ce week-end de trois jours – l’implication claire est que les riches mĂ©ritent un crĂ©dit pour avoir accumulĂ© tout ce capital. Il s’agit d’un point de discussion que l’on retrouve constamment dans la droite libertaire (par exemple Jacob Hornberger) : la meilleure façon d’augmenter les salaires et les loisirs est de laisser les riches accumuler des quantitĂ©s infinies de richesses.

Mais en fait, les riches l’ont accumulĂ©e Ă  partir du surplus crĂ©Ă© par leurs travailleurs.

Je sais, je sais. Avant que vous ne me disiez d’aller â€œĂ©tudier l’économie”, laissez-moi vous dire d’emblĂ©e que je connais parfaitement toutes les excuses capitalistes visant Ă  rĂ©futer la thĂ©orie de l’exploitation – de la doctrine du “fonds salarial” du 18e siĂšcle Ă  l’“abstinence” de Nassau Senior, en passant par la “prĂ©fĂ©rence temporelle” de Böhm-Bawerk et la “productivitĂ© marginale” de Clark. Ce sont toutes des absurditĂ©s. En fait, la fonction premiĂšre de la thĂ©orie de la productivitĂ© marginale est de dissimuler les relations de pouvoir derriĂšre l’illusion de lois de distribution “neutres”. Böhm-Bawerk lui-mĂȘme a admis que la pente de la prĂ©fĂ©rence temporelle variait inversement Ă  la richesse et Ă  la sĂ©curitĂ©, de sorte que la doctrine n’est au fond qu’une apologie circulaire de la tendance de ceux qui ont Ă  obtenir plus.

L’effet principal des enclosures que nous avons examinĂ©es ci-dessus – ainsi que des lois de combinaison, des lois de colonisation, etc. – Ă©tait de rĂ©duire le pouvoir de nĂ©gociation du travail et d’augmenter le taux d’extraction du surplus de travail. Tous les revenus que les capitalistes “s’abstenaient” de consommer et rĂ©investissaient Ă  la place Ă©taient en fait produits par les travailleurs.

En tant que rĂ©alitĂ© physique de base, toute l’usine et l’équipement, tous les biens d’équipement, dans ces usines super-productives, Ă©taient le produit du travail humain agissant sur les ressources naturelles. Loin que les capitalistes avancent les moyens de subsistance aux travailleurs pendant le processus de production, la rĂ©alitĂ© physique de la question est que les travailleurs avancent constamment leurs produits respectifs les uns aux autres, et consomment constamment les produits des autres, pendant le processus de production. Comme Thomas Hodgskin l’a dĂ©crit :

Entre celui qui produit des aliments et celui qui produit des vĂȘtements, entre celui qui fabrique des instruments et celui qui s’en sert, il y a le capitaliste, qui ne les fabrique ni ne les utilise, et qui s’approprie le produit des deux. D’une main aussi nĂšgre que possible, il transfĂšre Ă  chacun une partie du produit de l’autre, gardant pour lui la plus grande part. Progressivement et successivement, il s’est insinuĂ© entre eux, grossissant Ă  mesure qu’il se nourrissait de leurs travaux de plus en plus productifs, et les sĂ©parant si largement les uns des autres qu’aucun d’eux ne peut voir d’oĂč provient l’approvisionnement que chacun reçoit par l’intermĂ©diaire du capitaliste. Alors qu’il les dĂ©pouille tous les deux, il exclut si complĂštement l’un de la vue de l’autre que tous deux croient lui ĂȘtre redevables de leur subsistance. Il est l’intermĂ©diaire de tous les travailleurs ; et quand nous comparons ce que produit la main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e de l’Angleterre, avec le produit de la main-d’Ɠuvre non instruite de la paysannerie irlandaise, les intermĂ©diaires de l’Angleterre ne peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme infĂ©rieurs dans leurs exactions aux intermĂ©diaires de l’Irlande. Ils ont cependant eu plus de chance, et si les seconds sont stigmatisĂ©s comme oppresseurs, les premiers sont honorĂ©s comme bienfaiteurs. Non seulement ils s’approprient le produit du travailleur, mais ils ont rĂ©ussi Ă  le persuader qu’ils sont ses bienfaiteurs et ses employeurs.

En d’autres termes, quel que soit le rĂŽle apparent jouĂ© par le capitaliste dans la distribution de nourriture, de vĂȘtements et de logements aux travailleurs, il s’agit en fait d’une collection de titres de propriĂ©tĂ©, rĂ©sultant du systĂšme de crĂ©dit capitaliste, qui lui donne le droit de rĂ©partir les produits du travail de diffĂ©rents groupes de travailleurs. Le mĂȘme processus aurait pu ĂȘtre gĂ©rĂ© par les travailleurs eux-mĂȘmes comme un certain nombre de flux horizontaux, dans un systĂšme de crĂ©dit coopĂ©ratif.

En plus de tout cela, la corrĂ©lation entre l’accumulation du capital n’est pas aussi directe ou linĂ©aire que Woods le suggĂšre. En fait, dans le capitalisme de production de masse du 20e siĂšcle, la relation Ă©tait principalement inversĂ©e : plutĂŽt que d’investir dans le capital physique pour augmenter la productivitĂ©, l’économie industrielle a eu recours Ă  des formes de production tout Ă  fait inefficaces afin d’absorber davantage de capital excĂ©dentaire.

Le modĂšle le plus efficace pour la deuxiĂšme rĂ©volution industrielle – l’intĂ©gration de l’énergie Ă©lectrique dans l’industrie manufacturiĂšre – aurait Ă©tĂ© le modĂšle de production artisanale des districts industriels locaux, utilisant des machines Ă©lectriques Ă  usage gĂ©nĂ©ral et passant frĂ©quemment d’une sĂ©rie de production Ă  l’autre au grĂ© des commandes.

Au lieu de cela, l’alliance entre le capital et l’État a fait pencher la balance vers la production de masse, en utilisant des machines spĂ©cifiques Ă  un produit extrĂȘmement coĂ»teuses pour de longues sĂ©ries de production. Les frais gĂ©nĂ©raux Ă©levĂ©s du modĂšle de production Ă  forte intensitĂ© de capital nĂ©cessitaient de faire tourner les machines Ă  plein rĂ©gime pour maintenir les coĂ»ts unitaires Ă  un niveau bas. Ceci, Ă  son tour, nĂ©cessitait d’organiser la sociĂ©tĂ© entiĂšre autour de la nĂ©cessitĂ© de garantir que la totalitĂ© de la production Ă©tait consommĂ©e, afin que les machines puissent continuer Ă  fonctionner. Ainsi, tous les “gains d’efficacitĂ©â€ rĂ©sultant des â€œĂ©conomies d’échelle” au point de production ont Ă©tĂ© plus que compensĂ©s par les coĂ»ts des entrepĂŽts remplis de marchandises en attente de commandes, du marketing et de la distribution sous haute pression, de la conception dĂ©libĂ©rĂ©e de l’obsolescence planifiĂ©e et de la production de dĂ©chets pour le complexe militaro-industriel. Il fallait Ă©galement trouver de nouveaux dĂ©bouchĂ©s pour tout ce capital excĂ©dentaire, d’oĂč l’énorme gaspillage que reprĂ©sentent les banlieues subventionnĂ©es et l’amĂ©nagement urbain centrĂ© sur la voiture. La sociĂ©tĂ© entiĂšre Ă©tait une machine de Rube Goldberg construite autour de la nĂ©cessitĂ© de produire des dĂ©chets pour garantir la pleine utilisation des capacitĂ©s et prĂ©venir la dĂ©pression.

Que pourrait ĂȘtre la semaine de travail, sans tout le gaspillage subventionnĂ© et l’irrationalitĂ© qui sont le rĂ©sultat direct de cette accumulation de capital bĂ©ni que les Autrichiens aiment tant ?

Il y a toujours la question de la relation supposĂ©e entre la productivitĂ© et l’augmentation des salaires ou la rĂ©duction des heures de travail. Le problĂšme avec cet argument est que les salaires ont pratiquement cessĂ© d’augmenter avec la productivitĂ© du travail dans les annĂ©es 1970. Si le salaire minimum avait augmentĂ© au mĂȘme rythme que la productivitĂ© du travail, il serait aujourd’hui de 24 $/heure (sans parler de ce qu’il serait s’il avait augmentĂ© au mĂȘme rythme que la rĂ©munĂ©ration des PDG). Au lieu de cela, toute cette productivitĂ© accrue a servi Ă  enrichir les capitalistes, les patrons et les propriĂ©taires. L’affirmation de Woods sur la corrĂ©lation entre la productivitĂ© du travail et les salaires est donc doublement absurde.

La chronique de Woods est typique du genre de choses que l’on voit au Mises Institute et chez Lew Rockwell. C’est une histoire juste aprĂšs l’autre, qui n’a aucune relation vĂ©rifiable avec l’histoire ou la rĂ©alitĂ© empirique. Je sais que Woods, Ă©tant un Autrichien, doit croire aux axiomes a priori. Mais apparemment, il croit aussi aux faits a priori.

Quel est le motif de sa falsification constante et obsessionnelle de l’histoire ? Je n’ai guĂšre de fenĂȘtre sur l’ñme de cet homme, mais il m’a semblĂ© Ă©trangement fortuit de tomber sur cette citation de David Graeber au moment mĂȘme oĂč j’écrivais ce commentaire : “
l’une des raisons pour lesquelles je passe autant de temps Ă  rĂ©Ă©crire le passĂ© est que je suis convaincu qu’il est actuellement Ă©crit de la maniĂšre dont il l’est afin de rendre presque impossible pour nous d’imaginer un avenir viable.” Ou pour emprunter une autre citation : “Qui contrĂŽle le passĂ© contrĂŽle le futur.”




Source: C4ss.org