June 24, 2021
From Libertarian Labyrinth
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La pensĂ©e et l’action

Certes, je ne suis point ennemi de la pensĂ©e ; je la veux grande, belle et surtout libre. Mais l’action, la pratique, est toujours supĂ©rieure Ă  la thĂ©orie. Tant que les hommes ne s’occuperont que de critiquer ce qu’ils trouvent mauvais, sans s’efforcer de rĂ©aliser ce qu’ils considĂšrent comme le mieux, ils n’aboutiront pas Ă  grand’chose.

Il y a encore trop de camarades qui agissent contrairement Ă  leurs pensĂ©es ; je sais bien qu’il faut compter avec les circonstances qui sont souvent dĂ©favorables ; mais quelle peut ĂȘtre la valeur de la critique lorsqu’on accomplit soi-mĂȘme ce que l’on reproche aux autres ?

Que tous ceux qui se dĂ©clarent adversaires des mĂ©tiers inutiles n’en acceptent aucun. Que ceux qui s’affirment ennemis des religions n’en pratiquent aucune. Que ceux qui s’élĂšvent contre l’exploitation se refusent Ă  ĂȘtre eux-mĂȘmes des exploiteurs. Que ceux qui dĂ©sapprouvent la politique, le vote, n’y prennent nulle part.

Le triomphe des anarchistes dépend de la multiplicité des actes raisonnés.

Maurice Imbard.

Maurice Imbard, “La pensĂ©e et l’action,” l’en dehors 4 no. 51 (15 Janvier 1925): 1.

Thought and Action

Certainly, I am not an enemy of thought; I want it to be large, beautiful and above all free. But action, practice, is always superior to theory. As long as we are only occupied with criticizing what we find bad, without striving to achieve what we think is good, we will not end up with much.

There are still too many camarades who act contrary to their thoughts; I know well that we must account for circumstances that are often unfavorable; but what can be the value of the critique when we accomplish ourselves what we reproach in others?

Let all those who declare themselves opponents of useless trades not accept any. Let those who claim to be enemies of religions practice none. Let those who speak out against exploitation refuse to be exploiters themselves. Let those who disapprove of politics, of voting, take no part in them.

The triumph of the anarchists depends on the multiplicity of reasoned acts.

Maurice Imbard.

RĂ©flexion

Le capitaliste, le militaire, le politicien, ont la mĂȘme mentalitĂ© que l’anthropophage : ils ne conçoivent leurs vies que dans la suppression d’une partie de leurs semblables.

A. Neblind.

A. Neblind, “RĂ©flexion,” l’en dehors 4 no. 52 (5 FĂ©vrier 1925): 1.

Reflection

The capitalist, the military man and the politician have the same mentality as the cannibal: they only think of their lives in terms of the elimination of some portion of their fellows.

A. Neblind.

RĂ©flexions

Les vĂ©ritables artistes, les hommes supĂ©rieurs portent leurs richesses en eux-mĂȘmes, les imbĂ©ciles les portent sur eux-mĂȘmes, c’est plus facile.

———

L’homme le plus libre, c’est-Ă -dire l’homme dans sa plus belle dĂ©finition, est celui dont les facultĂ©s, les aptitudes, lui permettent de rĂ©sister et de se dĂ©velopper dans tous les milieux et dans toutes les circonstances oĂč les pĂ©ripĂ©ties de la vie le peuvent placer.

A. Neblind.

A. Neblind, “RĂ©flexions,” l’en dehors 4 no. 53 (22 FĂ©vrier 1925): 1.

Reflections

The true artists, the superior men carry their wealth within themselves. Fools wear them on themselves; it’s easier.

———

The freest man, that is to say the man in his finest definition, is the one whose faculties, aptitudes, allow him to resist and to develop in all environments and in all circumstances where the vicissitudes of life can place him.

A. Neblind.

L’autoritarisme scientifique est nĂ©faste comme tout autoritarisme. Il n’est pas scientifique d’ĂȘtre autoritaire. La vraie science n’est point autoritaire.

GĂ©rard de Lacaze-Duthiers, [Citation], l’en dehors 4 no. 54 (12 Mars 1925): 1.

Scientific authoritarianism is as harmful as every form of authoritarianism. It is not scientific to be authoritarian. True science is not authoritarian.

L’Inexprimable est en moi

Des poĂštes ont chantĂ© sur tous les tons l’amour
Les vertus et la gloire, et la splendeur du jour,
Et la sérénité de la nuit paisible
Et les religions, l’Evangile et la Bible.

Depuis des milliers d’ans des poĂštes ont chantĂ©,
Sur d’innombrables tons leurs luths ont variĂ©;
— Mais aucun n’a pu dire le dĂ©licat poĂšme
L’inexprimable Ă©moi que je sens en moi-mĂȘme.

L’Inexprimable est en moi.

Pervenche

Pervenche, “L’Inexprimable est en moi,” l’en dehors 4 no. 55/56 (31 Mars 1925): 1.

The Inexpressible Is Within Me

Poets have sung in every way
Of love, the virtues, glory,
Of the splendor of the day,
And the serenity of the peaceful night,
Of religions, the Gospel and the Bible.

For thousands of years poets have sung,
Their lutes varying in innumerable ways;
— But none could speak the delicate poem,
The inexpressible emotion that I feel in myself.

The inexpressible is within me.

Pervenche.

Apolis

Alors, vous croyez vraiment que je dois avoir Ă  cƓur de porter, Ă©pinglĂ©e, l’étiquette « Français » plutĂŽt que l’étiquette « Allemand » oĂč « Italien », « SuĂ©dois » oĂč « Esthonien » ?

Mais, sérieusement, que voulez-vous que cela me fasse ?

Je ne me sentirai ni agrandi ni diminué, ni exhaussé ni abaissé, parce que mon étiquette sera remplacée par une autre.

Pour le monde je ne changerai pas, et pour moi le monde ne changera pas.

Mon sang deviendra-t-il autre ? Ma pensée deviendra-t-elle autre ? Mes sentiments deviendront-ils autres? Tout ce qui fait que je suis « moi », tout cela deviendra-t-il autre ?

La courbe d’une mĂ©lodie ou d’un rameau chargĂ© de fleurs; la richesse polychrome d’un accord ou du ciel ; le rythme de la poĂ©sie et de la chair, de la pensĂ©e et des Ă©toiles, tout cela sera-t-il change ?

Aurai-je moins de joie Ă  respirer une belle fleur ou une belle Ăąme ? Aurai-je moins de joie Ă  boire l’ardeur du soleil et de mon amour ? Aurai-je moins de joie Ă  mordre un fruit veloutĂ© ou les lĂšvres plus veloutĂ©es encore de mon bien-aimĂ© ?

Axieros.

Axieros, “Apolis,” l’en dehors 4 no. 55/56 (31 Mars 1925): 3.

Apolis

So, do you really think that I should be keen to carry, pinned upon me, the “French” label rather than that of “German” or “Italian”, “Swedish” or “Estonian”?

But, seriously, what do you want it to do for me?

I will not feel enlarged or diminished, elevated or lowered, because my label should be replaced by another.

For the world, I will not change, and, for me, the world will not change.

Will my blood change? Will my thought become different? Will my feelings become different? Everything that makes me “me,” will it all become something else?

The curve of a melody or a branch laden with flowers; the polychrome richness of a chord or of the sky; the rhythm of poetry and the flesh, of thought and the stars, will all this change?

Will I have less joy in breathing a beautiful flower or a beautiful soul? Will I have less joy in drinking the ardor of the sun and of my love? Will I have less joy in biting a velvety fruit or the even more velvety lips of my beloved?

Axieros

RĂ©alisons !

Dans presque toutes les villes importantes, combien il de jeunes copains qui sont victimes de l’exploitation Ă©hontĂ©e des marchands des soupe ou de sommeil ? Pourquoi ne s’entendraient-ils pas pour l’achat, la location ou la construction d’une maison qui les abriterait, eux et les copains qui passent toujours dans les grandes villes : une salle commune avec bibliothĂšque oĂč l’on vient se retremper, la journĂ©e finie, oĂč l’on retrouve des copains pour discuter un peu des Ă©vĂ©nements journaliers. Ce serait lĂ  le vĂ©ritable club anarchiste et il serait utile d’examiner cette question de façon Ă  la rendre viable plutĂŽt que de continuer Ă  engraisser les marchands de sommeil.

Liberto,

Café-bar Charles, 16, place Clémenceau, Avignon.

Liberto, “RĂ©alisons!,” l’en dehors 4 no. 55/56 (31 Mars 1925): 4.

Let’s Do It!

In almost all the major cities, how many of our young fellows are victims of the shameless exploitation of the soup or sleep merchants? Why would they not agree on the purchase, rental or construction of a house that would shelter them and the friends who always pass through the big cities: a common room with library where we come to be reinvigorated, when the day is over, where we meet up with friends to discuss daily events. This would be the real anarchist club and it would be helpful to look at this issue in a way that makes it viable rather than continuing to fatten the sleep merchants.

Liberto,

Café-bar Charles, 16, place Clémenceau, Avignon.

Aurore

AprĂšs la nuit le jour pointe, grandit, s’enfuit, puis c’est tous les jours
 la mĂȘme comĂ©die.

ComĂ©die naturelle, pleine d’enseignement pour l’homo qui pense.

Qui pense et agit simultanĂ©ment, car penser sans agir c’est stĂ©rilitĂ©, lĂ©thargie !?

Allons, rĂ©veille-toi, dormeur qui rĂȘvez


Enfin, triomphe de ta nuit et réalise ton jour de beauté, humain qui veut vivre et voir la vie fleurir en tout et partout


Et que chaque jour se lĂšve l’aube nouvelle oĂč sans crainte tu peux croire en toi, en l’aurore des « temps nouveaux ».

Ovide Ducauroy.

Ovide Ducauroy, “Aurore,” l’en dehors 4 no. 58 (7 Mai 1925): 4.

Daybreak

After the night, the day breaks, grows and disappears—every day
 the same comedy.

A natural comedy, full of lessons for the thinking homo.

Who thinks and acts simultaneously, because to think without acting is sterility, lethargy!?

Come on, wake up, dreaming sleeper ..

Finally, triumph over your night and realize your day of beauty, human who wants to live and see life flourish in everything and everywhere 


And let each day bring the new dawm where, without fear, you can believe in yourself, in the daybreak of the “new times.”

Ovide Ducauroy.

On a prĂ©conisĂ©, comme un moyen efficace de dominer son adversaire, un effort constant tendant Ă  s’identifier Ă  lui de telle sorte qu’on puisse par une sorte de lecture de pensĂ©e deviner ou prĂ©voir ses plans d’offensive et ses projets d’attaque. On peut se demander si ce moyen de dĂ©fense convient Ă  l’ĂȘtre qui a conscience de sa valeur, et si son emploi ne porte pas au contraire atteinte au dĂ©veloppement de l’Individu qui s’en sert.

E. Armand.

E. Armand, [Citation], l’en dehors 4 no. 59 (24 Mai 1925): 2.

Some have recommended, as an effective means of dominating one’s adversary, a constant effort to identify with them in such a way that one can, by some kind of thought-reading, guess or foresee their offensive programs and plans for attack. We might well wonder if this means of defense is suitable for a being who is aware of their own value, and if its use does not, on the contrary, undermine the development of the Individual who makes use of it.

E. Armand.

Le but d’existence humaine n’est pas de suivre la tradition et de respecter les prĂ©jugĂ©s, mais de penser et d’agir par soi-mĂȘme, en faisant chaque jour un effort plus grand vers la sagesse.

GĂ©rard de Lacaze-Duthiers

GĂ©rard de Lacaze-Duthiers, [Citation], l’en dehors 4 no. 59 (24 Mai 1925): 3.

The purpose of human existence is not to follow tradition and respect prejudices, but to think and act on one’s own, making each day a greater effort towards wisdom.

GĂ©rard de Lacaze-Duthiers

Echapper le plus possible au milieu social en lui faisant le minimum de concessions inĂ©vitables, mettre ses actes en rapport avec ses conceptions, voilĂ  ce que fait un anarchiste dans l’actuelle sociĂ©tĂ©.

Liberto.

Liberto, [Citation], l’en dehors 4 no. 64 (8 AoĂ»t 1925): 4.

To escape as much as possible the social milieu, making a minimum of inevitable concessions, putting our acts in line with our ideas, that is what makes an anarchist in the present society.

Liberto.

Ici, Ă  l’’EN DEHORS, nous ne nous abaissons pour ainsi jamais aux polĂ©miques personnelles. Nous nous mĂ©fions des polĂ©mistes de ce genre, des intĂ©rĂȘts que sous main ils dĂ©fendent, des profits qu’hypocritement ils poursuivent sous leur masque bĂ©nĂ©vole d’accusateurs publics. Il nous suffit amplement que ceux que vise notre ligne de conduite soient atteints et le sentent.

l’en dehors 4 no. 65 (31 AoĂ»t 1925): 3.

Here, at l’en dehors, we never stoop to personal controversies. We are wary of polemicists of that sort, of the hidden interests they defend, of the hypocritical profits they pursue under their benevolent mask of public accusers. It is more than enough for us that those targeted by our course of action are touched and feel it.

Les anarchistes sont plus souvent qu’à leur tour victimes de tapeurs qui, n’ayant past le courage d’opĂ©rer dans un autre milieu, viennent lĂ  oĂč ils ne risquent que quelques coups de pied au
 postĂ©rieur ; ce qui, en rĂ©alitĂ©, n’est guĂšre payĂ©. DĂ©barrassons nos milieux de la naĂŻvetĂ© et de la crĂ©dulitĂ© qui en font la faiblesses.

Liberto.

Liberto, [Citation], l’en dehors 4 no. 66 (20 Septembre 1925): 3.

The anarchists are, more often than is their share, victims of spongers who, not having the courage to work in another milieu, come where they only risk a few kicks in the
 posterior, which, in reality, is hardly payment. Let us rid our milieus of the naïveté and credulity that are their weaknesses.

Liberto.

JUGER de la façon de se comporter d’un compagnon ou d’une compagne selon TON critĂšre de la vie anarchiste, et non selon LE SIEN ou LA SIENNE, c’est faire besogne de lĂ©gislateur our de lĂ©gifĂ©rant, mais non pas d’anarchiste. Alors, toi QUI JUGES, pourquoi te dire anarchiste ?

l’en dehors 4 no. 69 (31 Octobre 1925): 3.

TO JUDGE the behavior of a a comrade, male or female, according to YOUR criterion for anarchist life, and not according to THEIR OWN, is to do the work of a legislator or lawgiver, but not that of an anarchist. So, you WHO JUDGE, why do you call yourselves anarchists?

L’anarchie ne prĂ©tend pas supprimer les instituions en gĂ©nĂ©ral ; mais les institutions qui violent la libertĂ© et qu’on remplacerait par des institutions auxquelles les hommes se soumettraient librement, en vertu de raison. Il semble que la sociĂ©tĂ© d’hommes intelligents ne devrait pas ĂȘtre organisĂ©e autrement.

LĂ©on TolstoĂŻ, “Journal intime,” l’en dehors 4 no. 71/72 (10 DĂ©cembre 1925): 1.

Anarchy does not mean to suppress institutions in general, but the institutions that violate liberty, which would be replaced by institutions to which men would submit freely, by virtue of reason. It seems that the society of intelligent men shouldn’t be organized in any other way.

[Working translations and English adaptations by Shawn P. Wilbur]




Source: Libertarian-labyrinth.org